Généalogie de la pensée d’Edmond Couchot en arts et technologies de l’image

Généalogie de la pensée d’Edmond Couchot en arts et technologies de l’image

DURÉE DU PROJET

2022 - 2022


PORTEUR(S) DU PROJET

Rémy Sohier, Sophie Daste


EN COLLABORATION AVEC
INREV, Le Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, Zentrum für Kunst und Medien - Karlsruhe (ZKM)

Edmond Couchot en tant qu’artiste (d’abord cinétique, puis numérique) et théoricien s’est intéressé avec passion aux relations entre les arts, les sciences et les technologies de l’image au cours de leurs évolutions historiques. S’attachant à étudier les processus d’automatisation de l’image, il a analysé comment le passage des techniques de l’image basées sur l’optique (la perspective picturale, la photographie, le cinéma, la télévision, la vidéo) à celles basées sur le numérique (synthèse d’image, multi/hypermédia, réalité virtuelle/augmentée/mixte…) a modifié profondément les techniques de figuration (de la représentation à la simulation) et fait émerger de nouvelles œuvres où la programmabilité, l’interactivité et l’hybridation sont au cœur du processus de création.

L’évolution des rapports entre le sujet et les différents modes d’automatisme machinique de génération de l’image est un de ses thèmes cruciaux. S’appuyant sur de nombreuses créations conçues à partir des technologies numériques, il a décrit le bouleversement qu’elles provoquent dans l’acte artistique : le surgissement de nouvelles perceptions et d’expériences technésthésiques, l’avènement d’une vision du monde renouvelée, l’apparition d’une subjectivité transformée, la modification du statut de l’œuvre, du rôle de l’artiste, de la place du spectateur, l’émergence d’une esthétique de l’hybridation… Ainsi, il a mis en évidence les transformations profondes que les technologies numériques induisent dans le mode de production, de diffusion et de conservation de ces œuvres artistiques.

Son intérêt s’est également porté sur la question des temporalités spécifiques des images selon leurs techniques de génération et de diffusion pour questionner les relations entre arts/sciences/technologies : temporalités de la peinture, de la photographie, du cinéma, de la télévision, de la vidéo, des images numériques. Il a fait ressortir les changements radicaux, dans notre vie, dans notre culture et dans nos arts, que les technologies numériques entraînent avec l’émergence d’une nouvelle temporalité qu’il appelle « uchronique » dans le sens de « hors temps », à la manière d’utopique compris comme « sans lieu ».

 
Edmond Couchot s’est aussi intéressé à la sortie des laboratoires des robots, des avatars et des acteurs virtuels qui se sont glissés au sein des pratiques artistiques et a montré que grâce l’appropriation de ces entités artificielles par les artistes, alors s’est renouvelée, à côté de la traditionnelle famille des « arts vivants naturels », la famille des « arts vivants artificiels ». Il a examiné le rapport modifié que ces arts entretiennent avec la science et la technologie contemporaines en faisant valoir ce qui demeure et ce qui change dans l’expérience esthétique vécue au cours de la fréquentation de ces êtres artificiels devenus autonomes, par l’effet de présence et d’empathie qu’ils causent chez les spectateurs et les émotions qu’ils déclenchent.
En outre, quand les artistes, les théoriciens de l’art et les esthéticiens ont intégré, ou se sont inspirés, dans leurs pratiques et leurs réflexions des connaissances et des paradigmes issus des sciences cognitives, il a souligné que la façon d’envisager les relations entre arts/sciences/technologies a considérablement changé. C’est à partir des multiples disciplines composant les sciences cognitives (neurosciences, psychologie, éthologie, sciences du vivant, intelligence artificielle et vie artificielle, sciences de la communication et de l’information, anthropologie, philosophie et esthétique, sociologie…) qu’il a questionné le complexe projet de naturalisation de l’art en s’appuyant, là encore, sur de nombreuses créations artistiques.
Afin de clore ce survol synthétique des travaux d’Edmond Couchot sur ce thème, le mieux est de lui laisser la parole, parole qui n’est ni technolâtre, ni technoclaste, mais s’inscrivant dans une interrogation profonde et complexe sur les technologies numériques et ses conséquences dans le champ de la création artistique et de la culture: « ce n’est pas pour autant que la technologie impose fatalement à l’art ce qu’il doit être. Quand cela se produit, les œuvres ne sont que soumission, effet de mode. Mais quand la technologie est repensée, déviée de sa finalité instrumentale et pragmatique, elle devient alors l’occasion d’une expérience esthétique, un moyen d’échange intersubjectif d’émotions, de sentiments, d’idées, de connaissances ; elle prend sens » (Leonardo/OLATS, 2015).
 
Le projet de Généalogie de la pensée d’Edmond Couchot s’organise sur deux périodes clés :
– de mars à septembre 2022 : archivage du corpus de publications d’Edmond (de 1971 à 2018) ; analyse généalogique des concepts/théories ; cartographie des concepts ; journées d’études ouvertes sur les textes clés ; production scientifique d’une synthèse de recherche.
– Novembre 2022 : Colloque de 3 jours avec première restitution du travail accompli. L’événement s’associera à une exposition artistique au Centre des Arts d’Enghien-les-bains autour d’Emond Couchot et de plusieurs artistes ayant gravité autour de son travail.


ÉQUIPE DU PROJET

En collaboration avec : Marie-Hélène Tramus  ; Image Numérique et Réalité Virtuelle (INRéV) ; Centre des Arts d’Enghien-les-Bains ; Zentrum für Kunst und Medien – Karlsruhe (ZKM)