Jonathan Larcher, Préservation et devenir-archive des vidéos politiques autochtones

Jonathan Larcher, Préservation et devenir-archive des vidéos politiques autochtones

DURÉE DU PROJET

2021 - 2021


PORTEUR(S) DU PROJET

Jonathan Larcher


EN COLLABORATION AVEC
HAR / Histoire des arts et des représentations

Fondé en 1998 par la vidéaste et militante américaine Alexandra Halkin, le Chiapas Media Project – devenu Promedios de comunicación comunitaria en 2003 – a formé puis aidé les militants zapatistes du Chiapas (Mexique) à créer leurs propres productions médiatiques jusqu’en 2010. En s’appuyant sur une enquête ethnographique de plusieurs mois à San Cristóbal de Las Casas, ce projet de recherche a permis d’accompagner et d’analyser le processus de numérisation et de mise en archive des vidéos réalisées par le collectif Promedios.

Cette « recherche action ethnographique » (Tacchi 2015), conjuguant les méthodes ethnographiques avec l’élaboration et l’analyse d’outils techniques adaptées aux structures sociales et politiques du collectif, a d’abord consisté en un inventaire précis de l’archive et un plan de gestion de données. En m’appuyant sur ses précédents travaux de recherche en Roumanie, il a ensuite assuré une première analyse technique des bandes magnétiques (Mini-DV, Hi8, VHS et Digital8) puis formé une équipe qui se chargera de la numérisation des 1350 cassettes.

La collaboration avec les membres du collectif, des hackers locaux, et avec des ingénieurs et archivistes qui travaillent à l’élaboration de logiciels open source pour la préservation des bandes magnétiques, a abouti à la mise en place d’un studio expérimental de numérisation à San Cristóbal de las Casas, une première au Chiapas.

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Anthropologue et cinéaste, formé en anthropologie sociale (EHESS) et en histoire du cinéma (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3), Jonathan Larcher a réalisé plusieurs enquêtes de terrain en Roumanie où ses travaux et ses films ont porté sur la vie sociale, la musique et les pratiques vidéo au sein d’un quartier rom. Depuis 2018 ses travaux ont plus particulièrement porté sur les infrastructures médiatiques qui ont fait de la cassette vidéo leur élément principal. En 2019-2020, dans le cadre d’une bourse du New Europe College à Bucarest, il a réalisé une recherche sur “Une histoire sociale des vidéos vernaculaires pendant la transition post-socialiste en Roumanie”, qui montre la diversité des trajectoires, des cassettes et des personnes, depuis les studios pirates des années 1980 à l’émergence des télévisions locales et des vidéos de commande (mariage, baptême), lors des décennies suivantes. En 2021, bénéficiant d’une bourse posdoctorale de l’Eur ArTeC, Jonathan Larcher a engagé une nouvelle enquête ethnographique sur l’archive vidéo du collectif Promedios en vue de sa préservation. Au Chiapas, depuis le soulèvement de 1994, comme en Roumanie, pendant plus trente ans, les cassettes vidéo ont participé à l’élaboration de liens consubstantiels entre système technique et organisations sociales, formant de véritables écosystèmes. En regard de ces enquêtes, ses enseignements et projets éditoriaux portent plus particulièrement sur les croisements entre les différents champs de l’anthropologie visuelle (ethnographie expérimentale, anthropologie des médias, anthropologie du son) et ceux des études cinématographiques. Dans le prolongement d’un projet de recherche collectif portant sur les formes et pratiques filmiques contemporaines dans les luttes autochtones, je participe à l’édition d’un volume, chez Sternberg Press, qui accueille les témoignages de nombreux militants, cinéastes et chercheurs. Complémentairement, il co-édite avec Alo Paistik un livre sur la pratique du remploi d’archives filmiques par les artistes Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi (Amsterdam University Press), et il coordonne avec Nicole Brenez et Alo Paistik la traduction et l’édition des écrits du cinéaste politique John Gianvito (Éditions de l’Œil).

Vidéo, conclusion du projet de post-doctorat

 



ÉQUIPE DU PROJET

Hervé Joubert-Laurencin, tuteur (Professeur d’études cinématographiques, Laboratoire HAR, Université Paris Nanterre)