2026 - 2027
Adèle Bernard
Ce projet de recherche-création, qui s’inscrit au croisement du cinéma expérimental et des sciences sociales veut produire une ethnographie (écrite, visuelle, sonore) de la circulation de la sardinelle dans le courant de l’Atlantique-Est qui passe par la Mauritanie, la France et la Norvège. La sardinelle est une espèce de petits pélagiques dont l’une des principales nurseries se situe au large de Nouadhibou dans le Banc d’Arguin. Elle se nourrit de phytoplanctons et est la principale source de nourriture non seulement des oiseaux migrateurs tels que les flamants roses ou les aigrettes, mais aussi de plusieurs millions de personnes qui dépendent du secteur de la pêche en Mauritanie. Les sardinelles viennent se reproduire à un endroit où le désert chavire dans l’océan pour former un paysage de rivages blancs et sablonneux. Leurs migrations sont saisonnières et elles profitent de la circulation de retournement de l’Atlantique Nord pour se déplacer en même temps que les courants. C’est aussi une ressource pour les chalutiers et l’industrie de farines et huiles de poisson destinées au commerce transnational.
Par l’exploration et la description audiovisuelles de deux terrains, le premier au port de pêche de Nouadhibou, le second sur un bateau de commerce au long court, ce projet veut rendre compte des relations matérielles mais aussi des imaginaires qui tissent les liens entre les humains et les sardinelles, dans leurs circulations marines diverses, et à différentes échelles, suivant la scalabilité
de l’océan par l’avancée de techniques industrielles de pêche et le monitoring par satellite.
La pratique audiovisuelle est en même temps une méthode de recherche sur le terrain, un support pour travailler avec les archives audiovisuelles pré-existantes, et, dans un regard réflexif afin de mieux les comprendre, un moyen de participer à la fabrique des mondes océaniques étudiés.
Adèle Bernard
Adèle Bernard est titulaire d’un master en « Cinéma documentaire et anthropologie visuelle » (Université Paris Nanterre). Ses recherches ont porté sur l’île de Groix, où elle a travaillé sur le bistrot comme lieu de sociabilité en perdition, sur l’histoire et la mémoire des mondes marins, en particulier de la pêche. Son premier court-métrage Le café et les jours, diffusé au FIFIG (Festival
International du Film Insulaire de Groix), décrit la vie hivernale insulaire a travers la vie du café « Le Triskell ». Son second film Le coeur entouré d’eau s’intéresse aux récits de vie des anciens de l’île, à la façon dont sa mémoire, autrefois centrée sur la pêche au thon à la voile, les récoltes, les bistrots de marin, la langue bretonne, a progressivement disparu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec les débuts de la pêche industrielle et du tourisme.
Sous la direction de Vanessa Manceron et Jonathan Larcher