Faire commun, faire recherche en quartiers populaires. Coopération, expérimentation, co-création

Faire commun, faire recherche en quartiers populaires. Coopération, expérimentation, co-création

DURÉE DU PROJET

2019 - 2020


PORTEUR(S) DU PROJET

Pascal Nicolas-Le Strat (université Paris 8), Marie Preston (université Paris 8, Carlo Vercellone (université Paris 8, CEMTI)


EN COLLABORATION AVEC
Les éditions du commun, Laboratoire archAologie, ARTCARE, Couveuse PAPRICA, Mme Ruetabaga, association, Coopérence, Fabrique de sociologie 93, Collectif Haguette, Le « 110 », En Rue

Intervenir en quartiers populaires interpelle les pratiques de recherche et de création. Faire recherche dans ces territoires est indissociable d’un faire en commun (coopération, co-création). 

Le projet propose une série de résidences, dans des quartiers populaires, pour :

  • Expérimenter de nouvelles pratiques d’écriture. Pour qu’une parole puisse parler avec et depuis ces quartiers, il faut que l’écriture invente des formes inédites, des techniques d’expression et de collaboration elles-mêmes en recherche.
  • Faire (ensemble) pour faire expérience (commune), faire expérience pour faire recherche relèvent de ce faire convivial cher à Illich. Ces techniques et médiations humaines, au cœur d’une recherche-création, peuvent au quotidien forger résistance et devenir.
  • Éprouver de nouveaux droits démocratiques, par la recherche-action. Faire recherche en commun implique un droit à l’expérimentation, à faire récit de ses expériences et histoire de ce qui est vécu. Faire droit à la ville (Lefebvre).

Pratiques autonomes de publication en recherche-action

Les publications autonomes et indisciplinées dont il est question ici ne renvoient pas uniquement aux fanzines, même si cette pratique est importante dans nos usages et recherches. Ce sont aussi des brèves de recherche, des affiches, des journaux partagés, des podcast bricolés, des extraits de correspondances, etc.

Plusieurs caractéristiques peuvent rassembler de telles publications :
· elles sont diffusées au plus près de l’action, à la fois en proximité de l’évènement et de ses espaces, en rapport direct avec les participant-es et dans une temporalité très courte.
· elles sont même prises dans l’action, elles y participent.
· elles mobilisent un petit collectif où beaucoup se connaissent, et une chaîne de production modeste avec une répartition très partagée du travail, disons plus autogestionnaire que celle présente dans la production d’un livre édité.
· les libertés permises par ces formes d’indiscipline et de DIO (Do It Ourselves) permettent des écritures créatives (côté production) et des échanges (côté réception) plus riches et variées que les formes dites académiques (livre, article, communication, colloque, etc.).
Mais elles se distinguent aussi par les différents dispositifs mise en place, pour leur écriture, rédaction, production et diffusion. De plus, ces modes et régimes de publications s’imbriquent, coopèrent et s’interpellent : une écologie.
Comment donc pourrions-nous nommer cette multiplicité de publications-créations ? Si nous souhaitions insister sur l’espace indépendant et libre que ces publications nous ouvrent, dans le champ des sciences sociales, nous pourrions parler de ZAP. Une Zone Autonome de Publication. Alors nous montrerions l’importance qu’il y a à ouvrir des ZAPs dans le cadre de nos recherches-actions, notamment lorsque nous souhaitons travailler nos recherches avec des groupes, collectifs, personnes, pour qui les formes d’écritures en sciences sociales ne sont souvent pas très accueillantes. Et puis, dans une ZAP, on peut facilement zaper, c’est-à-dire tenter, expérimenter, et passer à autre choses si cela ne prend pas. La ZAP c’est aussi le lieu des écritures d’intervention, celles qui agissent rapidement : écrites dans l’action, imprimées dans l’urgence, pliées et distribuées dans la foulée. En cela, elles sont un clin d’œil aux Zap d’Act Up, des actions-éclair de contestations ciblées. Nous pourrions tout aussi bien rendre visibles les questions de supports ou de surface sur lesquels nos publications se meuvent. Il faudrait alors parler de SLAPs, de Support Libre et Autonome de Publication en sciences sociales pour rendre compte de nos pratiques.
Parce qu’il nous arrive de publier des « Sociologies de poche », quand nous nous rendons compte que nos brochures ont du mal se glisser dans la poche arrière de nos ami.es, ou d’envisager des fanzines murales qui nous dépassent de plusieurs dizaines de centimètres, nous pouvons affirmer que nous prenons au sérieux les questions de support. Si l’on sait que le support d’une publication peut être paralysant pour les personnes associées à nos recherche-action – c’est par exemple souvent le cas des livres épais, écrits en petits caractères –, alors l’un des apports de nos expérimentations est de travailler différemment nos SLAPs afin qu’ils se fassent mieux entendre, qu’ils amplifient leurs volumes. Nos pratiques renvoient alors au slap, cette technique de jeu instrumental qui consiste à claquer/frapper les cordes, pour se faire entendre.
Pour mettre en avant l’imaginaire qui traverse nos publications-créations, nous pourrions les appeler des LIIPs (Libre, Indépendant[e] et Indiscipliné[e], Publication en sciences sociales). Dans nos LIIPs, l’imagination est au pouvoir ! Le clin d’œil fait ici à la lutte autour de l’usine Lip viendrait aussi rappeler le caractère autonome et autogéré de nos écrits alternatifs.
Il ne sera pas question de venir trancher ici parmi les différentes propositions d’appellations, mais simplement de découvrir ce que chacune d’elles vient dire de nos expériences de pratiques autonomes de publication, afin que vous puissiez vous familiariser plus largement avec elles. Pour aller plus loin dans cette exploration et trouver vous-même quel nom/sigle correspondrait le mieux à ces publication, nous vous invitons à découvrir quelques unes d’entre elles…

Les fanzines En Rue sont publiés dans le cadre d’une recherche-action que nous menons dans l’agglomération de Dunkerque dans deux quartiers en rénovation urbaine avec un collectif hybride réunissant des habitants, éducateurs de rue, architectes, sociologues… Il est né d’une envie de bricoler une recherche qui ne s’écrit pas uniquement dans une temporalité extérieure au terrain de recherche, une recherche qui n’écrit pas juste « sur » mais « avec », une recherche qui fasse exister d’autres langages, d’autres manières de faire… Vous pouvez consulter ici le premier numéro (numéro zéro) que nous avons réalisé, imprimé et distribué en Juin 2018 : http://fabriquesdesociologie.net/EnRue/2018/07/01/fanzine-en-rue-0/

Ces Brèves de recherche ont été écrites entre le mardi 14 juillet et le vendredi 19 juillet 2020, dans le lieu que le collectif habitant et citoyen En Rue occupait dans les quartiers Jean Bart / Guynemer (Saint-Pol-sur-Mer, agglomération de Dunkerque) et qu’il était en train d’aménager. Le bâtiment était en chantier, et cette ambiance, entre odeur de peinture et bruit de ponçage, m’a incité à me mettre moi aussi en chantier. J’ai commencé à rédiger de courts textes, ramenés parfois à une simple phrase. J’ai affiché ces brèves sur un panneau disponible dans la salle en travaux au rez-de-chaussée, qui devait accueillir une cuisine solidaire. J’ai aimé la disproportion entre mes bouts de papier scotchés sur le mur et l’envergure des travaux de réfection. Une sociologie en fabrication au milieu des travaux. Ces Brèves ont été composées et sont éditées par OursÉditions sous la forme d’un pliage créant une enveloppe qui est adressée aux membres du collectif par envoi postal. À consulter ici : http://fabriquesdesociologie.net/EnRue/2020/06/22/breves-de-recherche-recherche-sous-enveloppe/

Inspiré des fanzines En Rue, L’ENTRE a vu le jour au sein de l’action Un Futur Retrouvé – un accompagnement artistique des habitant·e·s du quartier Mermoz (Lyon) en contexte de rénovation urbaine. Il est né avec l’idée de s’accompagner, afin de s’adresser et penser en acte cette notion énigmatique d’accompagnement artistique, dans ce contexte particulier de rénovation urbaine et au sein d’un quartier historique de la ville. S’accompagner d’objets, d’outils, s’accompagner de nos propres pratiques, s’accompagner dans le temps, mais aussi dans l’espace, en dialoguant avec d’autres expériences dans le quartier, la ville ou encore d’expériences comme celle d’En Rue à Saint-Pol-sur-Mer. Il assemble ou agence les traces de nos semaines de travail et d’hybridation entre un collectif d’architectes (le collectif Pourquoi Pas !?), une compagnie de théâtre (la compagnie Augustine Turpaux) et une pratique de Recherche-Action-Publique-public (RAPp). Ainsi, L’ENTRE travaille dans les entre-deux de cet accompagnement artistique, entre des espaces publics où nous nous déployons, et l’appartement que nous occupons, entre des « commandes » et des tentatives de « décommandes », entre nos pratiques, nos expériences et celles que nous découvrons chemin faisant… Vous pouvez consulter l’ensemble de ces productions collectives sur le lien suivant : http://www.defluences.fr/lentre/.

 

Les lignes de journal présentées ici, Lieux et milieux, ont été écrites lors d’une semaine de « Reflet » : semaine de travail réunissant l’équipe de l’accompagnement artistique Un Futur Retrouvé (UFR) à Lyon donnant lieu à différentes formes artistiques non préméditées, indisciplinées au sein du quartier Mermoz. Cette semaine a aussi permis d’accueillir plus spécifiquement d’autres expériences de recherches-actions dans le cadre des résidences «Faire commun, faire recherche en quartiers populaires ». Ce journal, qui s’écrit de manière intra-personnelle, mais toujours dans la perspective d’un éventuel partage, retrace cette semaine de co-élaboration autour de la thématique Lieux et Milieux. Il traduit de façon située et non exhaustive la façon dont cette thématique est devenue le prisme des différentes expériences (théâtrales, sociologiques, urbanistiques, filmiques ou encore publiques et intimes) vécues pendant la semaine. Vous pouvez consulter le journal sur le lien suivant : http://www.defluences.fr/lieux-et-milieux-thomas-arnera/.

Fanzine mural



ÉQUIPE DU PROJET

Thomas Arnera, doctorant en sociologie (Saint-Etienne)

Nicole Blondeau, Laboratoire Experice, université Paris 8

Martine Bodineau, docteure en sciences de l’éducation, Laboratoire Experice, université Paris 8

Francesco Brancaccio, doctorant en sciences de l’information et de la communication, Cemti, université Paris 8

Aleks A. Dupraz, (UMR 5283, Centre Maw Weber, université Grenoble)

Pascal Nicolas-Le Strat, co-responsable de l’axe « Territoires en expérience(s) », université Paris 8

Marie Preston, MCF, Laboratoire TEAMeD, université Paris 8

Benjamin Roux, chercheur-éditeur, Les éditions du commun

Nicolas Sidorof, doctorant, université Paris 8

Louis Staritzky, doctorant en sciences de l’éducation (Experice), université Paris 8

Carlo Vercellone,  économiste, UFR Culture & communication – université Paris 8

 

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