Chaire internationale – Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

Chaire internationale – Joana Hadjithomas et Khalil Joreige

- 24 novembre 2021 -

ArTeC est heureuse d'accueillir Joana Hadjithomas et Khalil Joreige dans le cadre d'une Chaire internationale.

Dans le cadre de cette chaire, plusieurs interventions sont prévues :
  • Vendredi 17 décembre : Studio Visit de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige sur la dimension cinématographique de leur œuvre auprès des étudiant.es du Master ArTeC et des étudiant.es du Master Scénario et écritures audiovisuelles (Université Paris Nanterre).

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige sont des cinéastes et plasticiens franco-libanais. Leur œuvre – l’une des plus fécondes au sein de l’art contemporain, reconnue internationalement et couronnée en 2017 par le Prix Marcel Duchamp – s’étoile et s’articule sous forme de films de fiction et de documentaires, d’installations mêlant photographies, vidéo et compositions plastiques, performances, conférences expérimentales et productions littéraires. Leur enfance et leur jeunesse se sont déroulées pendant la guerre civile libanaise, et c’est « sur un territoire en ruines, saturé d’images de guerre et de propagande, que leur regard se forme » (Julie Faitot). Leur œuvre commune, qui débute au sortir de ce long conflit qui a déchiré le Liban, et tout particulièrement la capitale Beyrouth (dans laquelle ils sont nés tous deux), est marquée par les traces, les traumas, les problématiques territoriales et mémorielles liés à l’histoire cruelle de leur pays, mais en connexion directe avec un état général du monde autant qu’avec l’extrême contemporain. « Nous ne montrons pas d’images de guerre, nous montrons ce que la guerre fait aux images », ont-ils pu affirmer. Construite à partir d’archives (aussi bien exhumées et trouvées que formées par des documents personnels), d’images réalisées par eux, d’objets construits ou manufacturés et de textes, leur démarche artistique relève autant de la poétique, de la poïétique que du politique. Il s’agit de rendre manifestes les non-dits de l’histoire, de produire une résistance aux discours officiels et d’interroger « les conditions du visible », à travers une multiplicité d’actions sur les images (destruction, contournement par le texte et le récit, acceptation de leur présence, bien plus fantomatique, que symbolique). Ajoutons seulement que leur œuvre, souvent bâtie sur des douleurs aussi bien intimes que collectives, sait aussi se faire ironique, « rêveuse », d’une légèreté humoristique qui en fait le caractère aussi précieux que réjouissant (dès leur premier long-métrage, Autour de la maison rose, en 1999, le burlesque contrebalance la noirceur de la situation, qui voit des exilés se faire exproprier de la maison dans laquelle ils avaient trouvé refuge à Beyrouth).

 

Dans le cadre de la chaire internationale qu’ils occuperont du 17 novembre au 17 décembre 2021, c’est d’abord la dimension pluridisciplinaire, et surtout indisciplinaire, de l’œuvre protéiforme de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige qui sera mise en relief, parce qu’elle entre directement en résonance avec le tempérament interdisciplinaire de l’EUR ArTeC, qui cherche à promouvoir les croisements entre médiums, entre arts et techniques, entre les formes intellectuelles et poétiques. Comme l’écrit Jean-Michel Frodon, leur travail « non seulement met continuellement en question les distinctions entre les arts visuels, la vidéo et le cinéma, le film de fiction et le documentaire, mais surtout se développe en étant constamment reformulé par ces distinctions ». En second lieu, il est fondamental de souligner que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige se définissent moins comme des artistes que comme des « chercheurs », leurs œuvres résultant autant de projets de recherche s’étendant parfois sur plusieurs années que d’une élaboration visuelle et plastique de l’acte même de chercher. Un film comme The Lebanese Rocket Society : l’étrange histoire de l’aventure spatiale libanaise (2013) le montre de manière exemplaire, recherche à la fois par son sujet (une vertigineuse enquête sur le programme spatial libanais, bien réel, et dont les archives restent accessibles, mais qui a pourtant été occulté de la mémoire nationale) et par ses partis-pris d’écriture formelle (la mise en scène d’une recherche, avec l’invention des figures cinématographiques qui rendent visible ce qu’est chercher). En ce sens, les travaux de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige s’inscrivent dans une démarche générale de « recherche-création » qui intéresse directement le programme ArTeC, et deux de ses actes scientifiques majeurs : la création comme activité de recherche et les nouveaux modes d’écritures et de publications. C’est donc toute une expérience conceptuelle et formelle sur ce que chercher artistiquement veut dire et sur la volonté, autant que le besoin, de créer de nouveaux récits que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige viendront partager. Enfin, chacun sait la situation dramatique – on peut, sans exagération, parler d’un effondrement sociétal, politique et écologique – vécue actuellement par Beyrouth et le Liban. Les effroyables explosions au port de Beyrouth le 4 août 2020, qui ont fait 204 morts et plusieurs milliers de blessés, ont été comme le coup de grâce porté à un pays exsangue, victime de l’incurie de sa classe dirigeante. Joana Hadjithomas et Khalil Joreige se trouvaient à Beyrouth au moment des explosions et leur studio de production a été en grande partie détruit par le « blast ». Au-delà de leur situation personnelle, proposer l’invitation de ces grands artistes libanais dans le cadre d’une Chaire Internationale ArTeC apparaît comme une évidence, un très modeste geste de soutien et un honneur.