BArTeC, Qui use ? Décrire les formes des usages et des usures

BArTeC, Qui use ? Décrire les formes des usages et des usures

Date

06/12/2022


Lieu

Gaîté lyrique 3bis rue Papin 75003 Paris

Un personnage de fiction hante notre monde appareillé. On l’appelle usager, parfois public, parfois visiteur, parfois directement client. On s’adresse à ce personnage dans des publicités, on en discute dans des planifications entrepreneuriales, architectoniques et culturelles etc. Ce personnage habite nos conversations, on s’adresse à lui dans les modes d’emploi d’objets autant que dans les modes d’usage de l’espace public. « L’usage du monde » tout court semble s’adresser à une entité incertaine qui désirerait et serait capable d’incarner et d’actualiser par ses agissements les protocoles qui la définissent. Toutefois, ce personnage demeure à ce jour dans un flou descriptif, alors même qu’il est appareillé par une quantité exorbitante de discours qui visent à en encadrer la forme et les pratiques sociales. Ces discours d’adhésion aux bons usages, ces injonctions à occuper la position impossible de l’usager idéal et efficace (terme le plus souvent écrit tel quel au singulier et masculin à ambition de neutralité), s’inscrivent durablement dans notre expérience ordinaire, s’écrivent dans notre espace de motricité et de perception. Nous glissons par cette expérience répétée, de l’inadéquation entre le corps et l’image de l’usager, de l’économie des corps usagers à l’écologie des corps usés – ou, encore, ce qu’on pourrait appeler une écologie de l’usure.

En effet, dans le quotidien de nos interactions technologiques, cette tension vers le design de l’usager conforme à sa description se manifeste le plus souvent par son pendant négatif. À savoir, par la multiplication des inaptitudes et des incapacités qui génèrent autant de frustrations que de méthodes de détournement, d’entraide et de collectivisation des agentivités. Au bon usage correspond l’usure : celle, matérielle, de nos objets qui se détériorent, et celle physique et cognitive de nos corps qui s’usent en vieillissant et en s’ingéniant pour contourner nos incomplétudes et nos défaillances. L’homme de Vitruve s’affaisse sous le poids d’une architecture qu’il n’a plus la force de soutenir, nos smartphones s’épuisent et commencent à déconner, nos gps sans mise à jour nous perdent dans les rues d’une ville à géométrie variable, nous n’entendons peut-être plus très bien ce qui se passe à l’autre bout du fil et, à bien voir, on peine à lire les écrans qui sont censés être nos supports de voyance.

Alors la question se pose: qui use quoi ? ou quoi use qui ? Ou encore, quoi use quoi ?

Comment pouvons nous intégrer, face à l’immense variété des seuils d’accès et d’accessibilité dont est constitué notre environnement technologique, des usager·e·x·s indociles (entendues dans leur multiplicité actuelle et à venir), (in)capables de répondre à la programmatique qui les instruit ? À notre tour d’user (de) l’image du corps utilisateur et de décrire, par cette usure, des formes de médiation plus ouvertes.

Rencontre avec

Olivain Porry (artiste)

Rose Dumesny (designer)

Organisé par:

Judith Deschamps

Lucas Aloyse Fritz

Gabriele Stera