Ouverture appel à projets 2021

L’EUR ArTeC lance son appel à projets Recherche pour l’année 2021.

Le dépôt se fera en ligne sur la plateforme : www.appelaprojets.eur-artec.fr

Les projets portant sur les arts et les cultures numériques en rapport avec le thème de la Symbiose seront particulièrement bienvenus, pour s’intégrer dans le Symposium International pour les Arts Numériques (ISEA) dont ArTeC est coorganisateur et qui se déroulera à Paris en 2023.

Les candidatures à cet appel à projets doivent répondre aux conditions cumulatives suivantes :

1- Être rattaché à l’une de ces institutions partenaires :

  • Université Paris Lumières (UPL)
  • Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis (UP8)
  • Université Paris Nanterre (UPN)
  • Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
  • Centre des Arts d’Enghien-les-Bains (CDA)
  • Centre Pompidou-Metz
  • École nationale supérieure Louis-Lumière (ENS-Louis-Lumière)
  • École nationale supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD)
  • Centre national de danse contemporaine – Angers (CNDC-Angers)
  • Conservatoire national supérieur d’art dramatique (CNSAD)
  • Réunion des musées nationaux – Grand Palais (RMN-Grand Palais)
  • Centre national d’art et de culture Georges Pompidou (CNAC-GP)
  • Campus Condorcet Paris-Aubervilliers
  • Bibliothèque nationale de France (BNF)
  • Archives nationales
  • Centre National Édition Art Image (CNEAI)

2- S’insérer dans au moins un des trois axes scientifiques majeurs d’ArTeC et interagir avec un des douze champs de recherche et d’expérimentation

3- Engager au moins deux institutions partenaires membres du consortium ArTeC (comme l’Université Paris 8, l’Université Nanterre, l’ENSAD, le Centre Pompidou, la BNF, l’ENS Louis Lumière, etc.) dont la liste est fournie ci-dessus.

4- Développer un volet de formation par la recherche en relation avec le sujet du projet, sous la forme d’un atelier-laboratoire, d’un séminaire de master et/ou doctorat, etc. Uniquement pour les projets Grand Format.

ATTENTION : Veuillez noter que pour un projet se déroulant sur l’année civile 2021, votre module de formation peut avoir lieu au deuxième semestre 2020-2021, au premier et au deuxième semestres 2021-2022.

Important : le renouvellement ne pourra pas dépasser les deux ans.

Les propositions devront s’inscrire dans l’un des cadres suivants :

PETIT FORMAT : 

–       budget maximum : 10 000 euros maximum €

–      projet sur un an 

–      il n’y a pas d’exigence de module de formation

GRAND FORMAT : 

–      à titre exceptionnel, le budget pourra se monter jusqu’à un maximum annuel de 30 000 € (25 000 € s’il n’y a pas de dépenses en personnel)

–       la plupart des budgets annuels accordés précédemment se sont situés entre 10 000 et 18 000 €

–       il convient de préciser si le projet est présenté sur une, deux ou trois années

A NOTER 

=> Pour les projets demandant un renouvellement, merci de remplir le formulaire correspondant. Les activités budgétées pour 2020 n’ayant pas pu se tenir pour cause de grève ou de coronavirus devront être reportées (et signalées comme telles) dans le nouveau budget proposé pour 2021. Vous avez également la possibilité de demander une année blanche: c’est-à-dire reporter les activités et le budget de 2020 en 2021, et la deuxième année de votre projet de recherche en 2022. Pour cela, merci de nous en informer par mail.

=> Si vous avez bénéficié d’un projet grand format pendant 3 ans, il est demandé une année de césure avant de déposer un nouveau projet.

Les dossiers sont à déposer sur la plateforme en ligne (disponible début juin) avant le vendredi 25 septembre à 8h00 (heure de Paris) sur le site de l’EUR ArTeC.

La direction d’ArTeC sera à disposition des porteur.es de projet pour répondre à leurs questions lors d’une visioconférence le mardi 30 juin de 10h à 13h. Prière de s’inscrire avant le vendredi 26 juin par mail à eur-artec@u-plum.fr

CALENDRIER

-Lancement de l’Appel à projets 2021 : 6 mai 2020

-Clôture du dépôt des projets : 25 septembre 2020 8h00 (heure de Paris)

-Sélection des candidatures par le Conseil académique : 24 novembre 2020

-Envoi des réponses par courrier électronique :avant le 4 décembre 2020

CONTACTS

Jeanne-Marie PORTEVIN – Coordinatrice générale Jeanne-marie.portevin@univ-paris8.fr

Aline BENCHEMHOUN – Chargée de la coordination et de la valorisation des projets de recherche Aline.benchemhoun@univ-paris8.fr


Immersive HybridPlace

Immersive HybridPlace : the eye witness framework

Immersive HybridPlace est une installation interactive multi-utilisateur en Réalité Mixte. Le projet propose de créer une passerelle entre des contenus en réalités virtuelle et physique par une expérience spatialeaugmentée. Son objectif principal est d’interroger cet aspect majeur de la condition médiatique contemporaine: le témoignage vidéo en- registré au smartphone. Un dispositif technologique sur mesure sera créé permettant d’exposer des témoignages vidéo d’événements en invitant l’utilisateur à se positionner au sein d’une reconstruction de la scène documentée. Ainsi, le dispositif situe l’utilisateur dans une condition de spectateur engagé et dans une recherche active de véri- té dans l’image.

Le dispositif utilise la technologie du tracking pour reproduire en temps réel la spatialité de la scène documentée, afin d’y immerger l’utilisateur. Un environnement en réalité virtuelle (VR) est d’abord reconstruit en 3D à partir des éléments d’espace visible sur le té- moignage vidéo. Puis, dans un espace d’exposition physique, la scène 3D reconstruite est projetée. Dans cet espace, une zone se démarque, correspondante à la projection du smartphone utilisé pour enregistrer le témoignage vidéo. L’utilisateur prend dans ses mains un objet tracké correspondant à un smartphone factice, et projette le cadre sur les murs. Ce dernier est juxtaposé au cadrage de sa camé- ra virtuelle. Avec ces gestes, l’alignement du cadre de son point de vu avec l’espace virtuel fonctionne comme déclencheur : la lecture du témoignage vidéo démarre. Par conséquence, l’utilisateur se retrouve en proximité intime avec la scène dont il découvre l’enregistrement, dans une configuration qui simule celle du témoin lui-même. L’instal- lation physique, immersive et interactive fonctionne comme un pontvers la scène 3D reconstruite, sans obliger le public à s’immerger complètement dans la scène via un casque VR. Ce dispositif permet aussi une expérience multi-utilisateur immersive et simultanée tout en restant moins exigeant en termes de ressources et d’équipements que la VR multi-utilisateur.

Le dispositif propose ainsi à l’utilisateur de poursuivre un point de vue, celui du sujet témoin, qu’il ou elle a laissée dans la scène re- construite. La question du contenu situé à l’intérieur du cadre et/ou hors du cadre se pose à chaque instant: l’utilisateur doit constam- ment recadrer son appareil de vision pour que l’information disponible ne lui échappe pas. En invitant à cette chorégraphie du témoignage vidéo, le dispositif fait de l’utilisateur un “spectateur engagé.” Par là, le projet souligne le rapport à l’image nécessaire dans la conditioncontemporaine de post-vérité qui requiert un investissement actif

de chacun dans la lecture et l’interprétation des images. En cela, le projet s’inscrit dans la recherche d’une ”esthétique d’investigation” – notion proposée par Forensic Architecture, le laboratoire d’enquête spatiale et médiatique basé à l’université Goldsmiths de Londres. Par la reconstruction des conditions techniques et spatiales du témoi- gnage vidéo, le projet invite à la réflexion critique sur la singularité et la signification culturelle de ce mode médiatique particulier.

Porteuse du projet : Sophia Kourkoulakou (doctorante chercheure INREV/Université Paris8, membre de Spatial Media EnsadLab, EN- SAD/PSL University)
En collaboration avec Dr. Francesco Sebregondi (Forensic Architec- ture/Goldsmiths, University of London)

Équipe du projet :
Chu Yin Chen, professeure Univesité Paris 8 INREV – AIAC François Garnier, professeur EnsadLab Spatial Media ENSAD/ PSL University

En collaboration avec : EnsadLab, ENSAD/PSL University

La Minga

Ce projet est une conversation autour d’une sculpture Land Art à très grande échelle « La Minga Espiral », via un appel à rassemblement de la communauté indigène NASA du Cauca en Colombie. Cet appel à rassemblement, communément appelé  » La Minga » signifie « un travail collectif en vue d’un objectif commun. » L’intention de ce projet de Land Art est de générer un module théorique qui mettra en relation la pensée indigène, la philosophie et l’anthropologie post- structurale.  Ce module théorique à orientation interdisciplinaire sera délivré dans L’Université Autonome Indigène Interculturelle du Cauca en Colombie.

« Danser avec le vent pour appeler la pluie. »

Une des cérémonies des médecins traditionnels (les chamans) de la communauté NASA avec laquelle nous travaillons est d’appeler la pluie en lui faisant honneur à travers tout un répertoire d’action collective. Dans la pensée Amérindienne, le chaman est celui qui opère un glissement à travers un champ d’indiscernabilité́ entre l’autre et le soi et qui pour ainsi dire, peut mieux se connaître en se désubjectivisant. Dans son essai « Métaphysiques Cannibales », l’anthropologue Eduardo Viveiros de Castro explique que, connaître dans la pensée Amérindienne c’est prendre le point de vue de ce qui doit être connu et non pas objectifier comme c’est le cas dans la pensée occidentale. Le chaman, en puisant dans un champ d’unité-multiplicité, libère la possibilité de parler avec la montagne, de devenir jaguar, de soigner l’autre par la pensée.

La pensée indigène opère donc à travers un système de pensée personnifiant, c’est-à-dire, un mode relationnel où la pluie et le vent sont des personnes et où « les jaguars et les hommes étaient toujours la même chose.  »

Datant des temps précolombiens, dans le contexte Amérindien, les géoglyphes de Nazca au Pérou, les pyramides de Chichén Itza au Mexique et les Hypogées de Saint Andres de Pisimbala en Colombie, sont autant de structures symboliques de ce mode de pensée personnifiant et relationnel. En effet, ce sont des lieux où la conversation fondamentale est celle de la synchronisation entre le cosmos et l’architecture.

Né dans les années 60, le mouvement artistique du Land Art fait écho à ce mode relationnel car ses fondations se déploient à des dimensions géologiques où tous les éléments font partie du processus de signification. Dans le Land Art, ce n’est plus une conception du corps anthropocentrique mais bien du corps terrestre dont il s’agit. Les travaux d’artistes comme ceux de Michael Heizer, Nancy Holt, Agnes Degnes, Robert Smithson et Walter De Maria résonnent avec les travaux ancestraux de Nasca et Teotihuacan ; où le véritable objet d’art n’est pas l’image peinte d’un paysage mais le paysage lui-même sur lequel nous dessinons notre réalité, à partir d’une transformation de ce paysage. Comme l’expliquait l’artiste Allemand Joseph Beuys, la sculpture ne doit plus se concevoir comme matérialité de l’objet étudié mais comme matérialité associée à toutes formes de configuration symbolique. En effet, ce projet cherche à ouvrir un dialogue avec la configuration symbolique du territoire colombien et de cette manière, penser la sculpture comme véritable outil de transformation sociale. La pertinence de cette conversation dans le contexte contemporain, réside justement dans le fait qu’il n’existe pas de mot pour L’art dans le langage NASA YUWE. Ce qui permet à l’artiste d’entrer dans un espace potentiel de relation où l’art se pense sans l’art. 

Pour en savoir plus : site internet du projet

Porteurs du projet : Clara Melniczuk (Doctorante, LHE, Paris 8)Julian Dupont ( Artiste plastique), Anna Seiderer (Maître de conférences au département d’arts plastiques de l’Université Paris 8)

En collaboration avec : Université Autonome Indigène Interculturelle du Cauca, (UAAIN) , Conseil Régional Indigène du Cauca (EL CRIC), Université Paris 8  EA 7322 Littérature et histoires, esthétique (LHE) EA 4010, Arts des images et art contemporain Universidad Del Cauca (AIAC)

Écrire en commun(s). Arts, écologies, transitions

Le projet souhaite mettre en œuvre une véritable écriture en commun(s) pour la rédaction d’un livre et d’un site internet sur le tournant écologique de l’art. Nous proposons d’utiliser la notion de transition pour nommer les nouvelles pratiques qui en résultent. Adoptant une perspective écosophique, le livre tentera d’articuler les questions d’écologie environnementale, mentale, sociale… pour désigner les diverses modalités avec lesquelles l’art d’aujourd’hui redéfinit les processus de subjectivation ainsi que l’émergence de collectifs, questionne les affects ou les relations au corps, se focalise sur l’écoute, s’interroge sur la notion d’auteur… 

Pensé comme un manifeste plutôt que comme un livre de spécialiste, le livre (qui paraîtra en anglais, avec sa version en ligne, enrichie de documentation multimédia, en français) se présentera sous forme d’abécédaire notionnel. Les notices, en nombre limité – une cinquantaine d’environ 8000 signes chacune – ont déjà fait l’objet d’une commande et seront remises avant la fin de l’année 2019. L’enjeu du projet à travers les séminaires, le module pédagogique, les résidences et les diverses autres rencontres qui auront lieu sera de retravailler ces notices pour aboutir à un ton commun respectant la diversité et complexité des points de vue, mais évitant la simple juxtaposition des discours spécialisés. Un colloque international (les Troisièmes Rencontres Arts, écologies, transitions) sera l’occasion de rendre public le fruit de ce travail auprès du réseau qui a commencé à être tissé, tout en ouvrant de nouvelles perspectives.

Le cadre commun du livre est le suivant :

1. Abécédaire plutôt que dictionnaire ou atlas : un projet non pas encyclopédique, recherchant une neutralité ou une universalité, mais au contraire, un projet affirmant un point de vue, des priorités, des choix. Le format abécédaire donne une liberté (nombre d’entrées par lettre), une identité plutôt ludique qu’académique.

2. Manifeste plutôt que livre de spécialistes : il s’agit d’affirmer, à la fois dans une introduction « sonnant » comme un manifeste,  et dans les choix d’entrées, et leur mode de rédaction, un point de vue, des valeurs, des axes principaux. Le catalogue des entrées est donc pensé à l’aune de ce point de vue « partial » mais explicite (explicité par l’introduction).

Porteurs du projet : Roberto Barbanti, Isabelle Ginot, Makis Solomos, Cécile Sorin

Équipe du projet : Yann Aucompte, Joanne Clavel, Agostino Di Scipio, Antoine Freychet, Alice Gervais-Ragu, Guillaume Loizillon, Kostas Paparrigopoulos, Carmen Pardo Salgado, Julie Perrin, Matthieu Saladin, Lorraine Verner

En collaboration avec: Université Paris 8, Université Paris Nanterre, Université technique de Crète, Université de Girone, Ecole des Beaux-Arts de Versailles

Les angles morts du numérique ubiquitaire au défi des mutations écopolitiques

Predictive Art Bot ; Exposition : Transmediale 2017 @ HKW — Photo : Dasha Ilina, CC NC-SA 4.0

Le « numérique » (généralement conjugué au singulier) en passe de devenir « ubiquitaire » est alternativement interprété comme assurant une transparence intégrale ou comme imposant une surveillance généralisée. Transhumanistes et conspirationnistes ont toutefois en commun de négliger les angles morts (à décliner au pluriel) qui sont inhérents à toute perception du monde, fût-elle programmée et nourrie de big data. Ce sont ces angles morts des visions programmatrices actuellement à l’œuvre dans la mise en place d’un numérique ubiquitaire et conçu comme homogène que les différentes activités proposées ici s’efforceront d’identifier et de discuter.

Une première dimension – spéculative – tentera de conceptualiser les limites de la programmation. À partir de quel point l’augmentation machinique des intelligences humaines rencontre-t-elle des renversements de contre-productivité, à l’occasion desquels les progrès de l’automatisation se retournent en régressions d’humanité ? C’est la question des recompositions en cours entre subjectivités humaines et computations machiniques (IA) qui se joue sur ces points de retournements.

Une deuxième dimension – davantage empirique – s’attachera à repérer et analyser des cas problématiques dont les retournements peuvent avoir valeur emblématique. On comprendra ces angles morts de la programmation comme des limites, des lacunes, des absences et des résistances s’opposant aux meilleurs efforts déployés pour documenter, expliquer, rationaliser, optimiser nos relations sociales et nos rapports à nos environnements. Mais on pourra aussi envisager ces angles morts comme protégeant de précieuses zones d’opacité, à défendre contre la tendance de certains appareillages numériques à tout standardiser pour tout automatiser.

La vise commune minimale des activités réunies au sein de ce projet sera donc la suivante : étudier la prétendue ubiquité du numérique depuis les zones d’extériorités internes qui esquivent sa computation. L’enjeu des discussions sera de mieux prendre la mesure des ambivalences des meta-media numériques, et de faire ainsi apparaître à la fois ce que nous pourrions gagner à repousser localement certaines limites de la computation, et ce que nous risquons de perdre en réduisant indûment certaines oasis d’opacité.

Une troisième dimension – créative et propositionnelle – tentera d’élaborer de nouveaux outils d’orientation pour nous repérer au sein de ces ambivalences. Le cadre en sera fourni par le collectif d’artistes DisNovation (Nicolas Maigret et Maria Roszkowska), qui ajouteront les résultats des réflexions communes à la boîte à outils notionnels qu’ils sont en train de réunir pour nous équiper de boussoles éco-politiques pour temps de mutation des valeurs. DisNovation mène depuis une dizaine d’années des expérimentations de pointe aux frontières des matérialités numériques et de leurs enjeux politiques aussi bien qu’économiques.

Porteurs du projet : Yves Citton, Vanessa Nurock, Marta Severo, Peter Stirling, Samuel Szoniecky

En collaboration avec : EA 7322 Littérature et histoires, esthétique (LHE) ; EA 349 Paragraphe ; EA 7339 Dispositifs d’information et de communication à l’ère numérique-Paris Ile de France (Dicen-Idf) ; Bibliothèque nationale de France (BNF) ;Association des Amis de Pontigny-Cerisy, Cercle des Partenaires de Cerisy ; La Gaîté Lyrique ; UNESCO ; Haute Ecole d’Art et de Design de Genève ; La Poste ; RATP ; Orange ; La Fabrique de la Cité ; collectif DisNovation.

Artistes :

Nicolas Maigret et Maria Roszkowska (artistes, collectif DisNovation)

Olivier Bosson

An Mertens

Doctorant.es :

Allan Deneuville (doctorant, LHE, Paris 8)

Adrien Pequignot (doctorant, CEMTI, Paris 8)

Guillem Serrahima (doctorant, ESTCA, Paris 8)

HOM, Hydrologie des médias

HOM | Hydrologie des médias

Une approche hydrologique des médiations entre arts, sciences et humanités implique l’étude de la matérialité et de l’imaginaire des représentations de l’eau. 

Dans un premier temps nous nous intéressons à la manière dont les propriétés de l’eau ont été étudiées, avec quels instruments et comment ces instruments et dispositifs reflètent notre compréhension du monde. Nous réalisons ensuite nos propres interventions instrumentales et nous intéresserons aux questions suivantes : Comment représenter l’eau à des échelles invisibles à l’œil humain mais dont les effets sont présents et perceptibles ? Comment provoquer des réactions esthétiques tout en gardant une conscience hydrologique ? À ce stade nous souhaitons mettre l’accent sur les implications culturelles et artistiques liées à l’application de ces dispositifs à un corpus culturel (images, textes, vidéos). Que révèlent les techniques et les appareils lorsqu’ils sont utilisés avec des données culturelles ? À travers ces questions, nous souhaitons nous confronter à la manière dont l’hydrologie des médias façonne la politique sociale et le développement urbain.

L’équipe principale, internationale et interdisciplinaire, est composée de :

Andrés Burbano (Enseignant-chercheur au Department of Design, Architecture and Design School / Design Research Group, Universidad de los Andes, Colombia) proposera des méthodes innovantes pour explorer les techniques de micro-photogrammétrie appliquées à l’eau, en utilisant des artefacts électroniques.

Gwen Le Cor (Professeure des universités en Littérature américaine et anglais de spécialité, Université Paris 8) explorera l’imaginaire littéraire de l’eau, des fluides et des dispositifs scientifiques. Elle se basera sur un corpus mixte de textes imprimés et électroniques qui traitent de l’appropriation littéraire des notions et concepts scientifiques.

Everardo Reyes (Maître de conférences HDR en Sciences de l’information et de la communication, Université Paris 8) tissera ensemble des techniques et des méthodes de différents domaines afin de produire des modèles innovants de visualisation de données pour les objets et processus culturels contemporains.

Andrea Sosa (Enseignant-chercheur à temps plein, Facultad de Artes, Universidad Nacional de La Plata, Argentine) concevra des activités d’enseignement, des objets artistiques et des expositions pour promouvoir les résultats du projet.

Anastasia Tyurina (Enseignant en design à la Griffith University, Australia, et enseignant-chercheur en Arts et design, National Research University of Electronic Technology – MIET, Russie) poursuivra ses propres travaux sur les artefacts optiques basés sur la microscopie électronique et sur des formes d’interaction homme-machine. Elle explorera différentes sources d’eau et produira des œuvres d’art interactives.

Porteurs du projet : Everardo Reyes (Paris 8/Paragraphe) et Gwen Le Cor (Paris 8/TransCrit)

Queering the city ? A Transtlantic Perspective

Après la mise en place d’un séminaire de recherche transversal intitulé « Intersectionnalité, cultures, politiques » au sein du CREA à l’Université Paris Nanterre, le projet se poursuit avec une nouvelle étape clé ; l’organisation d’un colloque international qui se tiendra du 11 au 13 juin 2020 avec nos premiers partenaires ; l’Université Paris Nanterre, l’Université Paris 8, la Fondation des États-Unis, le Centre Pompidou et nous l’espérons avec l’EUR ARTEC.

L’objectif de cette manifestation scientifique est de questionner les relations entre genre / sexe / race / validité et espace. Est-il possible, dans un espace urbain marqué par les rapports sociaux de résister aux contraintes, de « queeriser » la ville ? Si l’on entend le terme « queer » dans le sens où l’utilise Kath Browne1 : « qui opère au-delà des pouvoirs et des contrôles qui assurent le respect de la normativité », alors « queeriser la ville » implique de redessiner, reconceptualiser, repenser, recartographier, pour refaire les corps, les espaces et les géographies.

On posera la question du lien entre l’existence de stratégies de résistance aux normes et la création de territoire dans une perspective transatlantique. Des conférences plénières de spécialistes des espaces queers et des géographies des résistances ont été programmées. De nombreuses communications proposées par des chercheurs internationaux ont été reçues et sont en voie de sélection. Sont également prévues des présentations d’artistes contemporain·es et des interventions de militant·es féministes et LGBTQI+.

Ce colloque visera à interroger la création de territoire que ce soit par les mouvements sociaux, par l’urbanisme ou par les politiques identitaires, en France et aux États-Unis. On pourra questionner notamment la création de territoire sur le long terme et ses limites intersectionnelles (genre, race, validité…). Enfin, puisque le corps est aussi un lieu et une performance dans l’espace de la ville états- unienne, on s’intéressera aux stratégies de « performance » dans la ville par l’art et en utilisant la théâtralité de l’espace. Quel est l’effet de la transgression des artistes qui utilisent le corps pour casser les codes sociaux préétablis dans des performances qui visent à « queeriser » la ville, à la transformer, et à flouter les frontières de genre ?

Ce nouveau temps fort de notre projet, innove particulièrement tant par le sujet qu’il met en perspectives que par sa forme avec l’organisation de conférences plénières avec des spécialistes internationaux mais aussi des performances d’artistes en intérieur comme en extérieur et dans plusieurs sites.

Ce colloque international constitue le premier volet d’un projet de recherche plus vaste qui permettra à terme de développer d’autres actions, avec d’autres partenaires scientifiques et artistiques dans le cadre d’une recherche-action.

Porteuse du projet : Laurence GERVAIS

En collaboration avec : Université Paris Nanterre, Ens Louis lumières, Université Paris 8, Fondation des États-Unis, Centre Georges Pompidou


Polemika

Polemika, projet financé par les Trophées franciliens de l’innovation numérique dans le supérieur (Trophées EdTech) et l’EUR ArTeC (Ecole Universitaire de Recherche) vise à développer un générateur automatique d’arguments (une intelligence artificielle) pour l’éducation à l’esprit critique. Dans ce projet, l’équipe interdisciplinaire ambitionne aussi d’étudier la nature des émotions ressenties lors de la réception des fake news. En effet, s’il est évident que les fake news « fonctionnent » sur les émotions (Poissenot, 2018), peu d’études détaillées sur la nature de ces émotions et leur intensité ont été menées, excepté le travail de Bakir et McStay (2018), mais qui pourrait être approfondi. Nous travaillons donc actuellement à la conception d’un dispositif de collecte des émotions liée à la réception de « nos » fake news générées automatiquement. Ce dispositif de captation des émotions liées aux fake news a été prototypée dans le cadre d’un Hackathon intitulé « Challenge Fab & Lab 2020 » organisé par le Carrefour numérique de la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris du 24 au 26 janvier 2020.

S’appuyant sur des travaux menés au laboratoire Paragraphe (Balpe, 2018 ; Reyes, 2016, Szoniecky, 2012 ; Hachour, 2012) sur un générateur automatique de texte, nous disposons d’une infrastructure pour la génération automatique de structures textuelles.

Ce projet est à la croisée interdisciplinaire de plusieurs champs de recherche et d’expertises : pédagogie et sciences de l’éducation, psychologie, informatique et sciences de l’information. Nous le menons donc avec des chercheurs de ces différentes spécialités mais le fondement disciplinaire s’inscrit en SIC notamment parce que les travaux sur l’EMI, l’Information Literacy et l’esprit critique sont bien ancrés en SIC. Nous avons, dans d’autres publications explicité les racines de ce travail (Desfriches Doria, Dessinges, Ihadjadène, 2018 ; Desfriches Doria et Ihadjadène, 2016), et réalisé une revue de la littérature relative à l’esprit critique dans Desfriches Doria (2018) : notre conception de l’esprit critique qui tente de situer cette notion dans ses différentes dimensions fondamentales et numériques s’appuie sur l’approche de la culture numérique de Millerand (2003).

Partant du constat de la généralisation du phénomène des fake news, et dans le contexte numérique décrit en introduction, Polemika vise à générer des arguments mais aussi de l’absurde, des caricatures, des exagérations, voire des fake news, afin de faire travailler l’esprit critique des utilisateurs du dispositif, de manière ludique et interactive. Ainsi une des hypothèses consiste à observer si à travers la répétition de la mise en œuvre d’opérations de prise de distance, de prise de recul lors de laconfrontation itérative à des énoncés plausibles, mais faux, ou à des énoncés absurdes ou caricaturaux, générés par Polemika, on parvient à augmenter la qualité des critiques réalisées sur les énoncés, mais également à diminuer l’impact émotionnel, à travers un processus « d’habituation » et d’éducation, qui vise à porter les publics à aller vérifier l’information plutôt que de commencer par réagir émotionnellement.

Porteurs du projet : Orélie Desfriches Doria et Samuel Szoniecky

En collaboration avec : PSL – Paris Sciences et Lettres,  Université Paris 1, Université Paris 3, Sorbonne Université

Temps modernes

Le but de ce projet de recherche est de réfléchir sur le sens et l’avenir des revues généralistes au XXIe siècle, et cela de manière expérimentale, en reprenant une des revues les plus emblématiques du XXe siècle, Les Temps Modernes, fondée par Sartre en 1945, pour imaginer ce que serait une version contemporaine de cette publication, fidèle à ses orientations d’origine mais informée des problèmes particuliers de ce format aujourd’hui ainsi que des propriétés du contexte actuel (sociales, économiques, techniques, intellectuelles) qui contraignent sa réalisation. Il s’agit de procéder de manière contrefactuelle, au moyen d’une véritable uchronie en temps réel, en formant un groupe de recherches et de travail qui se réunira au cours d’un séminaire de recherche et de création, qui a pour but d’imaginer un prototype de ce que serait cette revue, autrement dit un numéro 0, mettant ainsi en œuvre une expérience grandeur nature sur les nouveaux modes d’écriture et de publication.

État de l’art

Le sort des revues généralistes est devenu incertain. Pièces centrales de la vie intellectuelle au XIXe et XXe siècles, certaines disparaissent (Les Temps ModernesVacarme), d’autres deviennent invisibles (l’Infini, la NRF…) ou visibles à leurs dépens (La Revue des deux mondes). Cette crise concerne à la fois le modèle économique, les formats techniques et artistiques, ainsi que les contenus de ces publications et leur écho. Plus généralement elle est un indicateur privilégié des transformations du « champ intellectuel » sous l’effet de processus sociaux, politiques, économiques, technologiques, idéologiques, qui restent largement incompris.

Il n’existe aucun travail portant spécifiquement sur les revues généralistes. La catégorie n’est nulle part définie et, s’il existe des tentatives pour donner une vision synoptique de l’ensemble des revues en France (voir Sophie Barluet, « Les revues françaises aujourd’hui : entre désir et dérives, une identité à retrouver », Rapport de mission pour le CNL, avril 2006), il n’en existe pas pour les revues généralistes. Parmi ces travaux, aucun n’a fait de la fabrication d’une d’entre elles un terrain expérimental.

Objectifs

Ce projet propose une expérience au sens strict, c’est-à-dire la mise en œuvre d’un modèle artificiel et manipulable permettant de mettre à l’épreuve des hypothèses sur les paramètres déterminants dans la production de certains phénomènes, en les testant au niveau du modèle artefactuel, donc virtuel. En l’occurrence, afin de réfléchir sur le phénomène des revues généralistes et aux transformations qu’elles connaissent, on proposera la fabrication du prototype de ce que pourrait être la version contemporaine d’une des revues les plus emblématiques du XXe siècle, Les Temps Modernes, fondée par Sartre en 1945. Cette version doit être à la fois fidèle aux orientations d’origine de la revue et à son histoire, mais aussi informée des problèmes particuliers que ce format rencontre aujourd’hui, ainsi que des propriétés du contexte actuel (sociales, économiques, techniques, intellectuelles, etc.) qui modifient son horizon de possibilité et peut-être même son sens, et qui constituent autant de paramètres à intégrer dans le modèle.

Les questions qu’il s’agit de traiter sont les suivantes : 

Qu’est-ce qui définit une revue généraliste ? Quelles catégories de contenus doivent être y représentés ? Quel rôle y jouent la politique, la littérature, l’image, etc. ? Quels niveaux de spécialisation autorise-t-il ou prohibe-t-il ?

Qu’est-ce qui en a justifié (ou expliqué) l’existence dans le passé ? Le temps présent est-il incompatible avec cette forme, ou est-ce seulement une question d’adaptation aux nouvelles conditions technologiques, économiques, idéologiques et sociales ? Comment décrire ces nouvelles conditions précisément ? 

Quelles nouvelles opportunités ces transformations laissent-elles entrevoir ? Les outils de recherche intelligente par exemple pourraient permettre de générer des numéros spéciaux adaptés à des requêtes individuelles à partir d’un corpus d’archives. Les réseaux sociaux permettent une variation de formats. Etc. 

Ces questions et d’autres seront traitées de manière pratique et expérimentale en posant la question concrète de ce que pourrait être une nouvelle formule de la revue Les Temps Modernes et en en proposant une réalisation contrefactuelle sous la forme d’un double virtuel de la revue, fantôme bien vivant mais parallèle à sa disparition réelle. On s’essaiera ainsi à une véritable uchronie en temps réel, puisque la revue a été arrêtée, à la mort de Claude Lanzmann, en 2018, par la décision du propriétaire du titre, les éditions Gallimard, contre l’avis du comité de rédaction, qui s’était choisi une nouvelle direction avec Patrice Maniglier et Juliette Simont. Ceux-ci ont rédigé une nouvelle formule pour la revue, qui n’a pas reçu l’approbation du propriétaire du titre. Les éditions Gallimard n’ont pas encore précisé leurs intentions exactes et envisagent de transformer le titre en une collection d’ouvrages sans abonnement ni périodicité. Cette situation, qui pourrait donner lieu à des considérations mélancoliques, peut être aussi l’occasion de mettre en œuvre une démarche expérimentale sur le problème général qui est à l’origine de cet événement singulier, à savoir le problème de la situation des revues en général. Le destin de la revue Les Temps Modernes pourra au moins servir de terrain d’instruction collective et poursuivre ainsi jusqu’au bout ce qui est après tout sa mission depuis toujours : contribuer à l’intelligibilité du présent, y compris sur le cas de sa propre fin. Il n’est pas à exclure d’ailleurs que le projet puisse nourrir de nouvelles versions réelles de la revue à l’avenir, soit sous le même titre, les éditions Gallimard ayant exprimé leur volonté de prendre le temps de la réflexion, soit sous un titre alternatif, si le projet de recherches mettait en évidence la pertinence d’une telle entreprise aujourd’hui. 

La « preuve par l’image » : de la contre-histoire au complotisme

Ce projet a pour objectif de penser la place de l’image photo-filmique dans la revendication et la promotion d’une « contre-histoire », notion qui suppose elle-même d’élucider ses rapports à l’histoire populaire, à la micro-histoire ou encore à la démarche dite de « réinformation ». Le projet examinera en particulier le procédé qui consiste à réinterpréter les images photographiques ou filmiques à partir de leurs détails ou de leurs marges, pour en faire apparaître un sens nouveau, possiblement à rebours du premier sens reçu.

Cette démarche repose sur l’écart qui sépare l’intentionnalité d’une prise de vue et la saisie non-intentionnelle d’éléments susceptibles de prendre sens ultérieurement : elle révèle un lien essentiel entre une méthode (indiciaire) et un enjeu politique (déjouer les intentions du pouvoir dans la captation et la transmission de l’événement), entre la recherche du détail comme trace et la possibilité, selon le mot de Walter Benjamin, d’« écrire l’histoire à rebrousse-poil ». Cette dimension politique est centrale chez les historiens qui ont entrepris à partir des années 1970 de revaloriser le cinéma comme matériau historiographique et de faire du film l’instrument d’une « contre-analyse de la société », voire d’une « contre-histoire » (Marc Ferro).

Mais ce recours à l’image est aussi devenu caractéristique des phénomènes conspirationnistes contemporains, qui se nourrissent de la critique des médias et revendiquent les valeurs de la modernité. La reprise sur Internet de photographies ou de séquences filmées pour y déceler les « preuves » d’un complot et en renverser le sens premier est désormais un des modes d’argumentation et de diffusion privilégiés des interprétations complotistes. La proximité apparente de ces usages avec les pratiques historiennes et scientifiques pose ainsi la question du rôle de l’image photo-filmique dans l’historiographie et de la valeur de ses usages indiciaires dans le contexte médiatique contemporain, marqué par de nouvelles modalités de fabrication, de circulation et de réception des images via le numérique et les nouvelles technologies.

À la croisée d’enjeux politiques, épistémologiques, technologiques et médiatiques, ce projet appelle donc à faire collaborer chercheurs, journalistes, archivistes, ingénieurs et artistes. Il est amené à se développer sur trois années, chacune se concentrant sur l’un des trois axes de recherche: un axe technologique et médiatique qui, de la naissance des actualités filmées aux circulations virales et anonymes d’aujourd’hui, portera sur les modalités de production, circulation et authentification des images ; un axe épistémologique qui étudiera le devenir historiographique des archives photo-filmiques ; un axe politique enfin qui interrogera spécifiquement la puissance l’image photo-filmique en comparant ses usages contestataires.