Rencontres Arts, écologies, transitions, 16-18 mai, CND

Centre nationale de la danse (Pantin)

Le projet Arts, écologies, transitions. Construire une référence commune, dans le cadre duquel ont lieu ces rencontres, souhaite accompagner certaines évolutions notables qui surviennent actuellement dans le champ des arts ainsi que dans le champ des discours théoriques sur l’art et qui, récusant l’enfermement de ce dernier dans la sphère du “surplus civilisationnel”, sont à l’écoute de questionnements découlant des crises écologique, économique, sociale ainsi que de la crise des représentations que nous traversons. Nous proposons d’utiliser la notion de “transition” – bien connue dans la sphère de l’écologie politique – pour aborder des évolutions qui ne relèvent pas des mutations ou ruptures qu’il est d’usage d’étudier dans l’art moderne ou postmoderne : ces mutations et ruptures sont davantage d’ordre formel, alors que les transitions dont il est question ici peuvent aller jusqu’à redéfinir la notion d’art.

The project Arts, ecologies, transitions. Building a common reference, in which this encounters take place, wishes to accompany certain notable developments in the field of the arts as well as theoretical discourse on art and which, rejecting the confinement of art to the realm of ‘civilizational oversupply’, are attentive to questions arising from current ecological, economic and social crises as well as the crisis of representation we also currently experiencing. We propose to use the notion of ‘transition’ – extensively explored in the field of political ecology – to address developments that fall outside of the transformations or discontinuities commonly examined in modern or postmodern art. Such transformations and discontinuities are rather of a formal nature, while the transitions we are referring to here go as far as redefining even the concept of art itself.

Jeudi 16 mai

9h — Ouverture (Roberto Barbanti, Isabelle Ginot, Makis Solomos)

9h30 — Transitions artistiques (1)

9h30 — Christine Esclapez, Loic Guénin :
“Autour du projet Walden de Loïc Guenin”
10h10 — Jacopo Rasmi :
“Transitions documentaires de l’écriture. Eco-politique des pratiques de notation”

10h40 — Débat + pause
11h10. Projection du film de Loïc Touzé 
Dedans ce monde et débat

Avec Isabelle Ginot, Isabelle Launay, Loïc Touzé

12h40 — Repas

14h — Habiter les lieux pour créer

14h00 — Joanne Clavel, Julie Perrin : “Anna Halprin, perspectives écologiques”
15h00 — Élise Olmedo : “Lawrence Halprin : hybrider cartographie et partition pour concevoir un lieu” 15h30 — Clara Breteau : “L’habiter-trichoptère : des enchevêtrements métaboliques aux tissus poétiques dans les habitats autonomes”
16h — Pause
16h15 — Marina Pirot, Alix de Morant :
“Le Body Weather, laboratoire du toucher chez les maraîchers des Couëts”

17h-17h30 — Présentations de l’exposition Arts-Lieux et du livre Écosomatiques – penser l’écologie depuis le geste

Avec Cécile Sorin, Guillaume Loizillon, Joanne Clavel et Isabelle Ginot

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Vendredi 17 mai

9h. Transitions artistiques (2)

9h00 — Eulalia De Valdenebro :
NATIVAS/FORÁmNEAS. Sculpture vivantes”
9h30 — Frédérick Duhautpas :
“Écoféminismes sonores. Le cas de His Master’s Voice de Hildegard Westerkamp”

10h00 — Débat + pause

10h30 — Art et écologie sociale

10h30 — Evelyne Clavier :
“Quel rôle pour les pratiques artistiques dans la transition inclusive ?” 11h00 — Alexandra Cohen, Nil Dinç, Léa Donguy :
“Le terrain, le joueur, le consultant” dans le quartier Pleyel (Saint-Denis) : interroger la spatialité par/d’une démarche artistique participative”
11h45 — Baptistine Marcel :
“Corps individuel et corps social dans l’expérience de la vie quotidienne” 12h15 — Débat

12h30 — Repas

13h45 — Réseaux

13h45 — Aline Bergé, Mélanie Bourlet (Réseau ZoneZadir) : “Pour une écopoétique transculturelle ?”
14h10 — Collectif du projet :
“Arts, écologies, transitions. Construire une référence commune”

14h30-17h30. Arts, écologies transition. Construire une référence commune : l’abécédaire (1)

Présentations des membres du projet Arts, écologies, transitions. Construire une référence commune : Yann Aucompte, Roberto Barbanti, Joanne Clavel, Agostino Di Scipio, Antoine Freychet, Alice Gervais-Ragu, Isabelle Ginot, Guillaume Loizillon, Kostas Paparrigopoulos, Carmen Pardo Salgado, Julie Perrin, Cécile Sorin, Matthieu Saladin, Makis Solomos, Lorraine Verner

14h30 — Roberto Barbanti : “Écosophie”
15h00 — Yann Aucompte : “Épistémologie écosophique”

15h30 — Pause

15h50 — Carmen Pardo Salgado : “Aesthesis”
16h20 — Antoine Freychet : “Promenades sonores”

16h50 — Makis Solomos : “Milieux sonores”

17h20 — Conclusion de la journée

Discutants : Jean-Marc Chouvel Yves Citton Ludovic Duhem Eric Lecerf
Gilles Malatray Julie Sermon

18 h (Au studio 12) — Concert d’Agostino Di Scipio

Organisé par Marcelo Bonvicino et Antoine Freychet Écosystème audible n°4 (création mondiale)Craquelure

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Samedi 18 mai
9h30-12h30. Arts, écologies transition. Construire une référence commune : l’abécédaire (2)

Présentations des membres du projet Arts, écologies, transitions (cf. vendredi)

9h30 — Kostas Paparrigopoulos : “Décroissance”
10h00 — Lorraine Verner : “Nuisibles”

10h30 — Alice Gervais-Ragu : “Engagement-relation”

11h — Pause

11h20 — Cécile Sorin :
“Écocritique, critique et cinéma, une fiction”
11h50 — Isabelle Ginot, Joanne Clavel, Marie Bardet : “Écosomatiques”
12h20 Conclusion

Discutants :
Gustavo Celedon (sous réserve) Marie Preston
Myriam Suchet

[14h30-17h30 : séance non publique autour du livre, avec les membres du projet]

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Centre nationale de la danse : 1, rue Victor Hugo, 93507 Pantin | Métro 5 : Hoche ou RER E : Gare de Pantin, Tramway 3b : Delphine Seyrig.

L’exposition Arts-Lieux a lieu du 13 au 21 mai dans la salle d’exposition de la Légion d’Honneur à St Denis, 5 Rue de la Légion d’Honneur, 93200 Saint-Denis, Métro 13 : Basilique de Saint-Denis ou Saint-Denis-Porte de Paris

Renseignements
Roberto Barbanti : roberto.barbanti@univ-paris8.frMakis Solomos : makis.solomos@univ-paris8.fr
Yann Aucompte : yann.aucompte@etud.univ-paris8.frAntoine Freychet : freychet.antoine@gmail.com

Cette journée bénéficie d’une aide de l’ANR au titre du programme Investissements d’avenir (ANR-17-EURE-0008).

Conférence Performance, Isidore Isou, 3 avril

Isidore Isou et le spectacle

Marielle Pelissero

3 avril à 19h, Petite salle, centre Pompidou

À l’occasion de l’exposition consacrée à Isidore Isou, Marielle Pelissero, docteur en arts du spectacle à l’université de Nanterre, professeur invitée à l’institut Pratt de New York organise une conférence-performance sur le spectacle lettriste. Reposant sur l’étude de manuscrits inédits conservés dans le fonds Isidore Isou de la Bibliothèque Kandinsky, cet exposé des grands concepts lettristes est simultanément mis en pratique par l’intervention d’acteurs, invités sur scène à démontrer la richesse et la singularité de la gestuelle lettriste.

Traité de bave et d’éternité, 1951 Film cinématographique 35 mm, noir et blanc, sonore, 123’25”. Achat en 1976 Collection Centre Pompidou, Paris Musée national d’art moderne Centre de création industrielle © Adagp, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI/Service de la documentation photographique du MNAM/Dist. RMN-GP

Journée laboratoire, 28 mars

« Du document à la scène et retours : usages, processus de recherche et de création »

Jeudi 28 mars 2019 à la Maison de la Culture d’Amiens

Avec : Camille Louis (Nanterre-Amandiers, La Bellone), Romain David (Raoul Collectif, Nimis groupe), Charlotte Bouteille-Meister (MCF Paris 10), Magali Quillico (MIAM), Adeline Rosenstein (Cie Little Big Horn), Guillaume Pinçon (MCF UPJV), Louise Hémon, Emilie Rousset (Cie John Corporation), Aurore Després (MCF Bourgogne Franche-Comté), Julie Salgues, Guillaume Mazeau (MCF Paris 1), Anyssa Kapelusz (MCF Aix-Marseille), des étudiants en arts de l’UPJV et Antoine Defoort (L’Amicale de Production).

Après une première édition consacrée aux « artistes-chercheurs et chercheurs-artistes : étude d’un geste critique », cette journée-laboratoire organisée à Amiens le 28 mars 2019 autour des croisements et de l’hybridation entre protocoles de recherche et processus de création interrogera plus particulièrement le travail avec des documents. Par document (du latin documentum, docere : enseigner, informer), nous entendons, au sens large, tout matériau référentiel et/ou théorique à partir duquel se développent l’écriture : archives historiques, traces matérielles, documents textuels, visuels ou sonores, analyses spécialisées, essais théoriques, critiques, journaux, témoignages ou témoins en scène porteurs de leurs propre histoires.

Informations pratiques : 

Entrée libre et gratuite. Participation aux ateliers sur inscription le jour-même.

10h -20h : Maison de la Culture d’Amiens / Pôle européen de création et de production

2 place Léon Gontier 80006 Amiens

A 1h15 de Paris Gare du Nord en TER (Départ 8h04 arrivée 9h20 à Amiens / Retour 20h38 arrivée 21h56).

Pour en savoir plus : 

Projection, 2 avril

Projection suivie d’une rencontre avec les cinéastes, animée par Marc-Antoine Vaugeois, critique de cinéma (Format Court, À bras le corps)

Mardi 2 avril à 20h au cinéma de l’Archipel (Paris), projection des deux premiers fragments du film d’Émilie Lemoine, catastrophe éclaté Les dévastés, objet artistique du doctorat de recherche création au sein du Laboratoire ESTCA et de l’EDESTA, son prologue Le Rêve de la Grotte pré-historique (soutenu par le Labex Arts-H2H) et sa première partie La Maison dévastée, dans le cadre du cycle « A la rencontre » programmé par Marc-Antoine Vaugeois. Il sera également montré En faire le tour, un court-métrage de Philippe Ulysse (à l’issue de la projection, les cinéastes dialogueront avec Marc-Antoine Vaugeois).

Informations pratiques : 

Mardi 2 avril à 20h

Cinéma L’Archipel

17 boulevard de Strasbourg, 75010

Les gestes de la recherche sur la scène contemporaine

Incidence 1327
Gwendoline Robin et Gaëlle Bourges

Le projet « Les gestes de la recherche sur la scène contemporaine » combine un séminaire de Master (Parcours « Scènes du Monde » du Master d’études théâtrales de l’Université de Paris 8) et un workshop intensif de cinq jours, tous deux menés entre janvier et mai 2019.

Le séminaire innovant qui alterna des séances discursives et théoriques avec des séances-ateliers émane du projet de recherche « Performer les savoirs/Performing Knowledge » porté par Chloé Déchery et Marion Boudier (2018-2020) et propose de combiner essentiellement deux approches. La première approche sera esthétique, génétique et épistémologique et reposera sur des analyses d’œuvres très contemporaines – pièces de théâtre, spectacle de danse, performances – qui activent, mettent en scène, détournent, voire défont et déconstruisent les gestes de la recherche et les modalités de transmission du savoir (lire, écrire, communiquer, ou bien encore : écrire au tableau, faire une présentation Powerpoint ou parler dans un microphone). Il s’agira de cartographier et d’analyser de façon suivie les fonctionnements propres à chaque oeuvre (protocoles, processus, dispositifs, méthodes) et de commencer à dresser des lignes générales pour pouvoir repérer les contours du paysage de la création contemporaine traversé par des questions de recherche. L’autre approche sera plus expérimentale et pratique et permettra aux participant.e.s d’explorer, à partir d’outils et de techniques issus de diverses pratiques somatiques, performatives et théâtrales, de traverser, appuyer, étayer et nourrir une pratique de recherche personnelle, et parfois même, créative. Ce faisant, on pourra mettre à l’épreuve du plateau ce que déterminer un objet de recherche, collecter des données, entreprendre un travail d’archive, enquêter, mener un entretien, constituer un corpus ou une bibliographie peuvent vouloir dire et engendrer.

Des chercheurs.euses, artistes, artistes-chercheurs, doctorant.e.s en recherche-création seront invité.e.s à chaque nouvelle séance pour présenter leur travail de recherche et de création et ainsi contribuer à l’état de la recherche de façon collégiale. Le workshop intensif, quant à lui, servira tout à la fois d’aboutissement à ce travail à la croisée d’un travail de recherche scientifique et d’un travail de transmission pédagogique et d’ouverture. Il s’agira de mener, avec vingt participant.e.s, un travail de mise en commun, de partage et de mutualisation d’outils, techniques et de méthodes qui nous permettront, d’une part, de mieux observer et analyser les « gestes de la recherche » sur la scène contemporaine, et, d’autre part, qui nous permettent également, en tant que chercheur.e.s et artistes, à faire retour sur nos propres pratiques et gestes de recherche et de réactiver une part de créativité, d’innovation et d’imaginaire, déplaçant ainsi ce que l’on considère pour acquis ou que l’on croit avoir masqué ou apprivoisé sous le terme d' »habitude ».

Pour en savoir plus : 

 

Yif menga, Performance en dialogues

© Kongo Astronauts, 2015

Décloisonner tant les arts que la recherche pour penser ensemble imaginaires et possibles. Jeter un pont entre la performance comme acte politique et la recherche en sciences humaines et sociales, une plateforme d’échanges où se rencontrent artistes et chercheurs pour produire ensemble, au-delà des seuls amphithéâtres ou salles de spectacle ; penser la performance issue d’Afrique à partir de l’Afrique, guidés en cela par des artistes pour qui la performance et le politique sont la matière première de réflexion et d’action au jour-le-jour ; construire de concert une passerelle entre la place de la Sorbonne et les cours de Gounghin : tel est le projet que notre équipe veut mener à bien sur deux ans, en partenariat avec le festival des Récréâtrales à Ouagadougou.

A ce projet, nous donnons le titre Yif menga, expression en langue more du Burkina Faso signifiant « sois toi-même ». Le sous-titre, Performance en dialogues, évoque un aspect fondamental de la proposition, celui d’un partage de connaissances entre artistes et chercheurs, l’objectif étant de poser ensemble les jalons de nouvelles collaborations.

Dans le sillage de travaux comme ceux de Lanquetin, Biet, Vigarello et Roques, fortement ancrés dans le champ des performances studies, à travers l’interrogation d’une riche palette de disciplines issues des sciences humaines et sociales, ce projet a pour objectif de poursuivre des recherches sur la pratique de la performance comme acte politique engagé.

Les liens intimes entre les arts de la performance et le politique dans les Afriques aujourd’hui sont à replacer dans un contexte plus large, celui de l’histoire de l’art du continent dans son ensemble. Littératures orales et écrites, données linguistiques, fouilles archéologiques et analyses de sites architecturaux mettent en lumière la richesse et la variété des intersections entre art et politique à l’échelle du continent. Ici comme ailleurs, les pratiques artistiques ont été instrumentalisées pour construire le pouvoir, mais aussi pour s’y opposer. Un foisonnement de vocabulaires – de formes, de mots, de gestes – en mutation constante le souligne et met en exergue l’imbrication fondamentale entre mobilisation et production artistique.

Yif menga interroge les ressorts de cette imbrication à travers une mise en dialogue d’acteurs issus des mondes de la performance et de la recherche. L’ambition du projet est, par le biais de ces échanges, d’élaborer des pratiques – manières de voir, de nommer et, si possible, d’agir – novatrices, à même de transcender les barrières qui, malgré les meilleurs efforts des uns et des autres, tendent à séparer la production artistique de la production scientifique.

Landscapes after-war(d)s

Le paysage se distingue de la nature dans la mesure où il n’existe qu’à travers ceux qui le regardent ; il est une portion de la nature transformée en représentation, en image à regarder ou à méditer. Notre regard sur lui diffère selon les époques et les cultures… il est, selon Alain Corbin, un « entrelacs de lectures dont la diversité peut susciter le conflit ». Pour Jean-Marc Besse, l’expérience du paysage est entendue ici « comme une ‘sortie’ dans le réel, et plus précisément encore comme une exposition au réel. »

Si la nature est elle-même meurtrie par un passé violent, comment témoigner de l’après coup des paysages ? Comment un paysage qui a connu des crimes d’une grande ampleur peut-il offrir une visibilité de l’Histoire ? Comment donner à voir, par la création, un « paysage de mémoire » – paysage entendu à la fois comme espace physique et psychique, et mémoire comme entrelacement de l’histoire collective et de l’histoire individuelle ?

Le colloque international « Landscapes-Afterwar(d)s » s’articule autour des relations entre « Mémoire et paysage » dans le contexte de la création artistique et met en jeu une forme de « crise du regard ». A l’opposé du sens commun qui attribue au mot « crise » les notions d’urgence et de danger, Nicole Loraux rappelle dans son livre, La Cité divisée (1997), que la crise renvoie à trois étapes : la convulsion, la délibération et le jugement. De la perturbation naît la nécessité d’un travail critique et de remise en question d’un système et d’un mode de fonctionnement. La crise peut être perçue comme une transition (parfois brutale) qui permet de renégocier et de partager l’espace d’un vivre ensemble. L’historienne rappelle également que l’amnistie n’est pas l’oubli, que l’on n’oublie pas sur décret. Devant les crimes imprescriptibles, on ne peut se contenter de commissions «vérité et réconciliation» ou de se satisfaire des monuments élevés à la mémoire des victimes. Elle plaide pour un travail du deuil qui, selon elle, est l’«incorporation du passé douloureux ou litigieux, et non rejet ou retranchement de celui-ci ». Les questions et réflexions de Nicole Loraux sont toujours d’actualité face aux conflits et aux bouleversements que nous connaissons ces dernières années.

Or, l’art devant l’extrême met en crise le regard, en le portant ailleurs, notamment vers le hors champ de l’histoire. Les artistes montrent que la crise invite à une énergie créatrice. Leurs œuvres interrogent notre aveuglement et nous confrontent aux dénis et aux erreurs commises. Il s’agira d’analyser les modalités de regard et les inventions formelles (usage des archives ou des images numériques) qui révèlent une tension dialectique entre la présence et l’absence, entre l’oubli et la mémoire. La question du paysage interroge un hors-champ mémoriel, l’inaperçu ou l’invisible.

Cette question est particulièrement prégnante au Cambodge où l’’immense majorité de la population, dont 65% est âgée de 15 à 25 ans, a très difficilement accès à sa propre mémoire. Le travail d’archives devient essentiel dans la valorisation des modes d’écriture et de diffusion par l’image ; en plaçant la question de l’Histoire et la brisure identitaire au cœur de leur réflexion, ces artistes agissent pour contrer cet effacement du passé. Réemployés, détournés de leurs usages traditionnels, les films, les photographies, les sons, les objets, peuvent travailler une mémoire non-discursive, faisant du document un opérateur de remémoration ou de fiction. La notion de « postmémoire », par laquelle Marianne Hirsch désigne les effets d’un traumatisme sur la génération suivant celle des victimes, est ici une dimension essentielle des œuvres.

 

Sublime Palmyra: Violence, Perspective, Mediation, Jonah Siegel, 16 mai

The destruction of the Temple of Bel in Palmyra in August 2015 was relayed to the world with astonishing speed and effect, as ISIS (with its sophisticated sense of how to manipulate modern media) had clearly intended. And yet this ready visual access to the moment of violence has not resulted in culture being able to process the act or even to put it into relation either to other instances of damage that have characterized world affairs in recent decades or to the long-standing traditions balancing injury and preservation that make a distant ruin such as this city in the Syrian desert matter. The challenges presented by the act are indications of the unresolved nature of the modern relationship to antiquities and to damage itself. As I will be suggesting in this talk, the unstable blend of destruction and loss on the one hand, and displaced survival on the other puts an old topic—the sublime—along side some of the newest kinds of technology.

The question of the relationship between the experience of the sublime and the possibility of arriving at ethical or political judgements that do justice to the intersection of social complicity and estrangement arises with special force at a juncture of history and violence that forces us to attend to antique ruins with sudden and renewed urgency. My presentation traces the methodological and conceptual challenge of achieving a perspective on damaged objects to some important historical antecedents even as it illuminates recent accounts of the ethical claims at stake when the sublime is evoked. The Comte de Volney’s use of Palmyra in his seminal Reflections on the Revolutions of Empires (Les Ruines, ou méditations sur lesrévolutions des empires,1791) offers an opportunity to explore the implications of a question that has never been more pressing: is the surveying of damage always only synonymous with losing sight of what matters about it? Responding to the acute pressures of contemporary violence, Volney enjoined his readers to consider how looking over ruins might become a new mode of seeing. The much publicized situation of antiquities at risk in zones of conflict today, and the challenges posed by the movements of displaced peoples in (and out of) those same regions have made the ethics of over-looking suggested in his work a topic of only more pressing interest.

My talk will move between the sublime ruins represented in Volney’s work and the overwhelmed distanced view of the world afforded us by modern technology in order to raise a pressing modern question that I frame by juxtaposing controversies about the ethical force of the sublime in critical work by Jacques Rancièreand Jean-François Lyotardwith reflection on the visual mediation of moments of violence (through satellite imagery, virtual reality, etc.). In my analysis, the aspiration to see the world from above becomes as much a symptom of the urge to escape as a practical or structural necessity. The sublime nature of Palmyra can be an occasion to rediscover the ethical limits of the contemporary sublime, and to reflect on the ways in which media has not so much moved beyond those limits as reinstated them as inevitable.

Biographie

Jonah Siegel est professeur de littérature anglaise du XIXème siècle à Rutgers University, New Jersey, USA. Né le 14 avril 1963, il a également enseigné à Columbia University et à Harvard.

Ses recherches portent sur la naissance du domaine de l’histoire de l’art, de l’institution des musées et des concepts modernes de l’art dans la période allant du néoclassicisme jusqu’au modernisme.

Il a publié deux livres d’histoire et d’esthétique littéraire : Haunted Museum: Longing, Travel, and the Art-Romance Tradition (2005) et Desire and Excess: The Nineteenth-Century Culture of Art (2000). Il a coordonné un volume collectif intitulé Emergence of the Modern Museum: An Anthology of Sources (2007) et il est l’auteur de chapitres concernant des ouvrages sur l’art, l’esthétique et la poétique archéologique pour le volume Oxford History of Classical Reception in English Literature, Vol. 4 (2014) et sur l’esthétique victorienne dans Oxford Handbook of Victorian Literary Culture (2016), ainsi que de nombreux articles sur des personnages et figures majeures au XIXe siècle et après.

Sa recherche se concentre maintenant sur deux projets différents : une étude sur le matérialisme dans l’art et la littérature du XIXe siècle, et une étude sur l’histoire des collections d’art à l’époque napoléonienne.

Le professeur Siegel a remporté le prix Sonya Rudikoff pour le meilleur premier livre d’études victoriennes. Il a également reçu une bourse du Centre national des sciences humaines (1999-2000), une bourse ACLS / Burkhardt et une bourse du prix Rome Prize Fellowship (2003-2004).

Il a été président de la Northeast Victorian Studies Association et directeur du département d’anglais de Rutgers. Il est actuellement le représentant de l’histoire de l’art du Conseil consultatif de l’American Victorian Studies Association et co-directeur du Rutgers British Studies Centre.

Informations pratiques :

Msh-Paris Nord (auditorium)

14h30-16h30

Créons au musée

 

L’ouvrage, Créons au musée, performance des arts vivants, sous la direction de Katia Légeret vient de paraître aux éditions Geuthner.

Comment les jeunes générations rêvent-elles de visiter, au XXIe siècle, les lieux d’expositions ? Avec quels genres de relations à leur corps, aux déplacements dans l’espace, aux démarches, aux postures devant les œuvres et avec les autres visiteurs ? Depuis 2015, tissant un réseau international, des centaines d’étudiants, artistes et chercheurs, fabriquent in situ toutes sortes de dispositifs artistiques et poétiques pour exprimer leur parcours muséal idéal, souvent inséparable d’un engagement politique hors les murs sur des questions d’actualité brûlante, de crises sociétales, de patrimoines oubliés, déplacés ou disparus. Mais à quel prix et à partir de quelles contraintes institutionnelles ? Que ce soit en Europe, en Amérique latine, ou en Asie, ils bouleversent certains codes entre les visiteurs pour créer un être-ensemble capable d’ouvrir l’éventail de nouvelles approches sensibles et transculturelles sur une même œuvre.

Workshop, état des sources archivistiques et historiographiques, 15 mars

Projet « Transformations de l’enseignement de l’art »
Workshop consacré à l’état des sources archivistiques et historiographiques
15 mars 2019
Ce programme de recherche entend poser le problème de l’évolution de l’enseignement de l’art depuis qu’il a été institué en France, tout en mettant en œuvre une instance de réflexion sur ses évolutions futures. Il met à profit les recherches d’enseignants, de chercheurs, étudiants et doctorants, ainsi que les ressources des Archives nationales et d’institutions d’enseignement. Ce workshop est organisé avec la collaboration scientifique de l’École nationale des chartes.

Workshop organisé par les Archives nationales et le laboratoire « Arts des images et art contemporain » de l’Université Paris-8, avec la collaboration de l’ENSBA et de l’ENSAD, dans le cadre du programme « Transformations de l’enseignement de l’art », soutenu par l’EUR Artec http://eur-artec.fr/2019/01/29/transformations-de-lenseignement-de-lart/.

14h Ouverture par Jérôme Glicenstein (Université Paris-8) et Clothilde Roullier (Archives nationales)
14h30 Table ronde sur les sources audiovisuelles relatives à l’ENSBA et à l’ENSAD : Alain Carou (Bibliothèque nationale de France), Anaïs Ducardonnet (Université Paris-1), Stéphanie Louis (École nationale des chartes)
15h30 Louis Paris (École nationale des chartes), « Les transformations pédagogiques des années 68, regards sur les archives de l’ENSBA et de l’ENSAD »
16h Émilie Verger (Université Paris-8), « L’enseignement aux Beaux-Arts de Paris de 1960 à 2000 : une histoire vivante des artistes »
16h30 Discussion
          Informations pratiques
15 mars 2019
14h à 17h
Université Paris-8, amphithéâtre B106