La fluidité du photographique : dialectique entre diversité des formes et multiplicité des usages, 16-19 sept.

Ce séminaire est lié au projet de recherche « Tailleurs d’images : nouvelles voies d’expériences artistiques, quels espaces, quelles pratiques pour quels territoires » financé par la MSH Paris Nord et l’EUR ArTec.

Il associe le laboratoire InTRu de l’Université de Tours, les laboratoires EPHA (Esthétique, Pratique et Histoire des Arts – Laboratoire Arts des images et art contemporain) et Paragraphe de l’Université Paris 8, en partenariat avec le 6b, Fabrique d’art et de culture (Saint-Denis), le Jeu de Paume (Paris) et la Maison Robert Doisneau (Gentilly).

Dates :

Séminaire intensif : du 16 au 19 septembre 

Expo-action : du 3 au 19 octobre

Lieux : Paris

Image : Les Regardeurs de Raphaele

Présentation du programme de recherche « Tailleurs d’images »

Le projet de recherche–action « Tailleurs d’images : nouvelles voies d’expériences artistiques, quels espaces, quelles pratiques pour quels territoires » est un projet transdisciplinaire arts-sciences humaines et sociales porté par un collectif d’artistes, chercheurs et professionnels du monde de l’art.

Il s’agit d’interroger le rôle social et politique de la création à travers la rencontre entre des habitants d’un territoire, des associations, des institutions artistiques et culturelles par l’entremise de démarches artistiques. De par son ancrage conceptuel dans les domaines de l’art, de l’ergonomie et de l’éducation populaire, cette recherche-action adopte une position originale dans le paysage des recherches dans le champ de la médiation culturelle : elle s’attachera à documenter l’activité réelle du maillage d’acteurs ainsi qu’à identifier les déterminants favorables et défavorables à la mise en espace, à la mise en activité ainsi qu’à la mise en résonance des différentes formes d’expériences artistiques.

Le projet poursuit une triple finalité : d’une part, la conception participative d’une exposition-action « Tailleurs d’images » au 6b et à la MSH Paris Nord (2019) qui se prolongera par l’organisation d’un colloque scientifique international (2020) à la MSH Paris Nord.

Présentation du séminaire « La fluidité du photographique : dialectique entre diversité des formes et multiplicité des usages »

Partant des problématiques travaillées au sein du projet de recherche-action, le séminaire intensif de formation questionnera la fluidité des usages contemporains de la photographie, ses statuts et rôles dans les champs de l’art contemporain, de l’ergonomie et de l’éducation populaire. Notre projet de recherche-action et le séminaire intensif qui y est adossé permettront de croiser de manière novatrice les expertises développées autour du support photographique dans des champs connexes — mais pourtant aujourd’hui encore autonomes — alors même que le développement actuel des « études visuelles » rend nécessaire, voir impératif, le croisement de ces approches.

Nous y considérerons le médium photographique dans ses fonctions d’outil de transformation du réel en distinguant plusieurs modalités : celles de l’oeuvre, de l’administration de la preuve ainsi que celle de l’instrument de travail social. Le séminaire intensif permettra de former les étudiant.e.s aux subtilités que requièrent chacune de ces modalités et aux postures professionnelles correspondantes, afin de rendre sensible ce qui reste souvent aujourd’hui non formulé, soit le déplacement des enjeux de l’image elle-même. L’enjeu de la formation sera de clarifier les distinctions et / ou les recouvrements possibles entre ces pratiques et de développer une analyse critique des modalités de circulation des images fixes.

  • La photographie, du point de vue de la pratique artistique :

Si le statut artistique de la photographie est aujourd’hui bien établi, l’appartenance du médium au champ de création a fait l’objet d’un débat séculaire. De cette histoire complexe reste une pratique artistique qui questionne en permanence son statut (Baqué 2004), jouant de la pluralité des usages des images fixes dans la société moderne et notamment de son rapport ambigu au réel représenté (Gisinger 2018, Gisinger & Didi-Huberman 2017). Adoubée des qualités d’une objectivité supposée (Daston & Galison 2010), elle témoigne pourtant d’un potentiel fictionnel qui permet d’en faire un puissant outil de transformation social (Criqui 2012, Dubois 2016). Il s’agit alors de dépasser la supposée dichotomie entre art et document pour questionner le médium et ses récits, entre l’attestation du paraître et la possibilité de l’être (Bertho 2018).

  • La photographie, du point de vue de l’ergonomie :

L’ergonomie, au même titre que les autres sciences humaines et sociales, administre des « preuves » scientifiques en objectivant des données issues du terrain, recueillies le plus souvent au moyen de prise de notes ou d’enregistrements (photo, vidéo, audio) (Maresca & Meyer 2013). L’objectivation des données nécessite ainsi une « collecte » en situation réelle, de traces de l’activité et de captations (Bationo-Tillon & Rabardel 2015). Ces captations fixent la mémoire des chercheurs, sont le support de leurs analyses et constituent des préalables à d’autres méthodes de recueil par entretien. Enfin, ces « traces » du terrain jouent le rôle de supports de communication et de diffusion des connaissances.

Dans les recherches-actions comme dans les interventions, donner à voir des images du réel sous ses multiples formes constitue un enjeu déterminant. Représenter, illustrer et communiquer sur l’activité est une pratique essentielle des ergonomes (Bationo-Tillon 2017). Dans ce contexte, la photographie est mobilisée tour à tour comme outil de recueil et de transcription du réel au cours de l’enquête, comme outil d’immersion d’une diversité d’acteurs au sein des groupes de travail et / ou de groupes de conception et enfin comme moyen de mise en circulation des résultats de recherches.

  • La photographie, du point de vue de l’éducation populaire :

Se revendiquant de l’éducation non formelle, l’éducation populaire vise le développement de la puissance d’agir et la transformation sociale en se fondant sur une praxis qui engage, entre autres, l’acte artistique (Maurel 2001). L’éducation populaire est une forme d’apprentissage dans laquelle l’individu est sujet, singularité agissante. Loin d’être l’instrument d’une paix sociale, elle a pour objectif de renouveler le partage du sensible (Rancière 2000) en se fondant notamment sur l’expérimentation et une pratique ancrée dans des temporalités et territoires spécifiques (Bertho 2014). Dans ce cadre, la photographie est convoquée comme outil de travail social, en opérant un double déplacement de son usage comme de son statut : la pratique ordinaire de la photographie se voit attribué un rôle spécifique d’émancipation quand l’oeuvre n’est plus une finalité mais un moyen de cette même émancipation.

Déroulé de la formation

  • Enseignants

Anne Bationo-Tillon, PAST HDR en ergonomie, Université Paris 8

Raphaële Bertho, maîtresse de conférences en Arts, Université de Tours

Arno Gisinger, artiste photographe et maître de conférence en Arts, Université Paris 8

  • Séminaire intensif : 16 au 19 septembre 2019

La formation se tiendra en premier lieu sous la forme d’un séminaire intensif en du 16 au 19 septembre 2019. Ce dernier permettra, à travers l’intervention de plusieurs expert.e.s et professionnel.le.s, d’identifier les différents statuts et usages de la photographie comme outil de transformation du réel. Chaque journée articulera la visite d’une exposition, la rencontre avec les artistes, avec des professionnel.le.s de la médiation et des chercheurs.

À l’issu de cette première session de séminaire, les étudiant.e.s devront formuler une question de recherche et d’un projet à mettre en place lors de l’exposition-action en octobre 2019 au 6b à Saint-Denis.

Lundi 16 septembre 2019

Université Paris 8 –salle  A3-317 Bâtiment de la recherche

13 h 30 -14 h : Accueil : présentation du déroulé de la semaine (intervenant.e.s, objectifs, attendus)

14 h – 15 h 30 : Présentation théorique à trois voix sur les différentes « facettes » de la photographie et les notions liées à la rencontre avec l’œuvre : Anne Bationo (ergonomie)/Raphaële Bertho (éducation populaire)/Arno Gisinger (photographie et art)

16 h – 17 h 30 : Discussion sur trois textes théoriques

18 h : Constitution des groupes de travail (mixtes entre les disciplines / formations)

Mardi 17 septembre 2019

Université Paris 8 –salle  A3-317 Bâtiment de la recherche

9 h – 11 h : Raphaële Bertho et Arno Gisinger : introduction au travail de Marc Pataut — « les enjeux d’une exposition photographique dans un espace institutionnel »

Jeu de Paume

13 h – 18 h : Sabine Thiriot et les médiatrices du Jeu de Paume : « l’exposition en espace public, un espace de paroles et de regards »

Visite de l’exposition Marc Pataut de proche en proche et rencontre avec l’artiste

Soirée outils d’éducation populaire en action : 6b/ Introduction par Raphaële, ensuite mise en pratique/ repas commun

Mercredi 18 septembre 2019

Maison Robert Doisneau, Gentilly

9 h – 12 h : Présentation de l’institution et de « Photographie à l’école » par Michaël Houlette et Laurie Chappis Peron

travail en groupe sur les archives de photographie à l’école

Université Paris 8 –salle  A3-317 Bâtiment de la recherche

14 h – 16 h : rencontre avec les deux artistes Gilberto Guiza Rojas et Rafael Serrano impliqués dans le projet Photographie à l’école

16 h – 18 h : Bilan intermédiaire, réflexion questions de recherche

Travail en groupe pour établir un bilan des expériences et déterminer une question de recherche-action à mettre en œuvre lors de l’exposition du 6b

Mercredi soir libre

Jeudi 19 septembre 2019

Université Paris 8 –salle  A3-317 Bâtiment de la recherche

9 h – 10 h : Anne Bationo Tillon: « Quels usages de la photographie en ergonomie ? »

10 h – 12 h : Pierre Rabardel et Alain Bernardini en dialogue :  « Désactiver l’activité »

14 – 17 h : Présentation de chaque groupe de la question de recherche-action et méthodologie envisagée. Attribution de tuteur de suivi du travail de chaque groupe.

18 h : Apéritif de clôture