Yif menga, Performance en dialogues

© Kongo Astronauts, 2015

Décloisonner tant les arts que la recherche pour penser ensemble imaginaires et possibles. Jeter un pont entre la performance comme acte politique et la recherche en sciences humaines et sociales, une plateforme d’échanges où se rencontrent artistes et chercheurs pour produire ensemble, au-delà des seuls amphithéâtres ou salles de spectacle ; penser la performance issue d’Afrique à partir de l’Afrique, guidés en cela par des artistes pour qui la performance et le politique sont la matière première de réflexion et d’action au jour-le-jour ; construire de concert une passerelle entre la place de la Sorbonne et les cours de Gounghin : tel est le projet que notre équipe veut mener à bien sur deux ans, en partenariat avec le festival des Récréâtrales à Ouagadougou.

A ce projet, nous donnons le titre Yif menga, expression en langue more du Burkina Faso signifiant « sois toi-même ». Le sous-titre, Performance en dialogues, évoque un aspect fondamental de la proposition, celui d’un partage de connaissances entre artistes et chercheurs, l’objectif étant de poser ensemble les jalons de nouvelles collaborations.

Dans le sillage de travaux comme ceux de Lanquetin, Biet, Vigarello et Roques, fortement ancrés dans le champ des performances studies, à travers l’interrogation d’une riche palette de disciplines issues des sciences humaines et sociales, ce projet a pour objectif de poursuivre des recherches sur la pratique de la performance comme acte politique engagé.

Les liens intimes entre les arts de la performance et le politique dans les Afriques aujourd’hui sont à replacer dans un contexte plus large, celui de l’histoire de l’art du continent dans son ensemble. Littératures orales et écrites, données linguistiques, fouilles archéologiques et analyses de sites architecturaux mettent en lumière la richesse et la variété des intersections entre art et politique à l’échelle du continent. Ici comme ailleurs, les pratiques artistiques ont été instrumentalisées pour construire le pouvoir, mais aussi pour s’y opposer. Un foisonnement de vocabulaires – de formes, de mots, de gestes – en mutation constante le souligne et met en exergue l’imbrication fondamentale entre mobilisation et production artistique.

Yif menga interroge les ressorts de cette imbrication à travers une mise en dialogue d’acteurs issus des mondes de la performance et de la recherche. L’ambition du projet est, par le biais de ces échanges, d’élaborer des pratiques – manières de voir, de nommer et, si possible, d’agir – novatrices, à même de transcender les barrières qui, malgré les meilleurs efforts des uns et des autres, tendent à séparer la production artistique de la production scientifique.